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Cloud et secteurs publics : OVH et Capgemini étendent leur partenariat au monde entier

L’alliance entre Capgemini et OVH, initiée il y a déjà deux ans, semble très bien fonctionner. La plus grande ESN française et le champion nordiste du cloud voient aujourd’hui plus grand pour « leur » cloud souverain avec un partenariat qui devient « mondial ».

Les deux géants français de l’IT, Capgemini et OVHcloud, ont annoncé aujourd’hui avoir signé un partenariat « mondial » pour « répondre aux besoins de transformation cloud des organisations publiques et privées ».

Les deux acteurs s’étaient en fait déjà « mariés » en toute discrétion, il y a deux ans, pour concevoir une offre qui cible spécifiquement les clients sensibles à la souveraineté de leurs patrimoines informationnels. En premier lieu, donc, les organisations publiques.

Une alliance qui fête ses deux ans

Cette alliance n’avait à l’époque donné lieu à aucune publicité ni aucun communiqué. Officiellement pour ne pas faire du mauvais marketing.

Officieusement, on peut penser que l’adage « vivons heureux, vivons cachés » permettait surtout aux deux partenaires de prendre le temps de travailler à une offre solide et de convaincre des organisations – dont les cycles de décisions sont souvent longs – sans se mettre une pression inutile.

En décembre 2020, alors que la problématique de souveraineté de l’IT devenait de plus en plus présente avec GAIA-X et les interventions du commissaire européen Thierry Breton, Capgemini et OVHcloud officialisaient leur union – mais là encore en restant très discrets – avec l’annonce d’un « premier » client : l’Agence de Service des Paiements (ASP)

Ce « premier » ne l’était pas tant que cela. Il était certes le premier à être annoncé officiellement ; mais avant l’ASP, les solutions communes d’OVHcloud et de Capgemini avaient remporté une poignée d’appels d’offres dans le secteur. « Notre collaboration s’est concrétisée en deux ans par plusieurs projets de cloud privé au sein du secteur public », révélait alors Jérôme Siméon Président de Capgemini en France.

Toujours à cette occasion, OVH et Capgemini laissaient par ailleurs entendre qu’ils avaient réalisé un prototype de cloud souverain « raccordé aux réseaux informatiques de l’État ». Ce qui laissait à penser que ce prototype était passé (ou en passe de le faire) au stade opérationnel. Le projet s’inscrit en tout cas dans le programme national TECH.GOUV pour accélérer la transformation digitale des services de l’État.

Un couple qui fonctionne bien et qui voit grand

Aujourd’hui, il ne s’agit donc pas vraiment d’une nouvelle alliance, mais bien d’une généralisation à l’ensemble de la planète d’un duo qui semble très bien fonctionner.

Ces solutions communes s’appuient d’un côté sur le cloud (public et/ou privé d’OVH) et de l’autre sur le savoir-faire en cybersécurité de Capgemini. Cette complémentarité doit leur permettre d’attaquer plus frontalement des marchés comme celui de l’hébergement et de la gestion des données sensibles (comme celles de santé).

L’ESN souligne également sa « solide expérience » en matière d’intelligence artificielle, d’analyse de données, de solutions applicatives (mais sans préciser publiquement lesquelles elle met en œuvre dans ces offres), de « services managés » et de développement natif dans le cloud. Sans oublier sa « propriété intellectuelle développée en interne » qu’il apporte à l’offre. Bref, un IaaS… mais pas que.

La solution visera également « à promouvoir les logiciels libres ». Tout comme pour les solutions applicatives, le point reste à préciser, mais on peut penser qu’il s’agit d’outils de gestion d’infrastructure et de microservices de type Kubernetes ou Anthos qui permettent de garantir une ouverture.

Un partenariat à la philosophie très européenne

C’est en effet un autre point important qui a été réitéré aujourd’hui et qui avait déjà été souligné par Michel Paulin, le Directeur Général d’OVHcloud. L’offre s’inscrit pleinement dans la philosophie de GAIA-X « de transparence [des infrastructures] et de réversibilité » (dixit Michel Paulin) pour permettre l’interopérabilité et la portabilité des applications et des données – y compris, et de manière pragmatique et parfaitement censée, avec des clouds américains.

OVHcloud et Capgemini s’engagent d’ailleurs avec ce partenariat à appuyer « le développement d’espaces de données européennes rassemblant acteurs publics et privés », autre pilier de GAIA-X dont les deux acteurs font partie en tant que membres fondateurs.

À noter qu’OVH et Capgemini justifient également l’intention de s’allier en ayant en ligne de mire le projet de la Commission européenne « European Alliance on Industrial Data and Cloud » – dont le but, pour mémoire, est de lancer une infrastructure cloud souveraine courant 2021 (un projet parallèle à celui de GAIA-X, mais avec lequel il veut jeter des ponts).

Une carte « CLOUD Act-Free » pour la planète

D’après nos informations, ce cloud mondial OVHcloud Capgemini sera piloté, pays par pays (ou zone par zone), par des structures locales pour coller au plus près des réglementations.

Si l’on regarde les opportunités de marché, on pourrait se poser la question de la pertinence d’un tel cloud 100 % européen – fût-il certifié SecNumCloud, HDS et Open Trusted Cloud – pour des organisations publiques en dehors de l’Europe, face à la puissance de persuasion des hyperscalers américains.

Mais le fait de ne pas être soumis à l’extraterritorialité du droit américain (dont le désormais fameux CLOUD Act) est à coup sûr un atout majeur dans le jeu d’OVHcloud et de Capgemini. Reste à savoir si cet atout se transformera à l’international en contrats, comme il l’a fait en France.

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