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De 15 à 55 % : les PME et ETI françaises ont triplé leur adoption de l’IA en un an

En un an, la part des PME et ETI qui considèrent l’IA comme une priorité stratégique est passée de 48 % à 86 %. Mais les budgets restent serrés et les projets ciblés. Un équipementier électrique alsacien et un fabricant d’accessoires de jardinage montrent que les chemins vers l’industrialisation sont plus variés qu’il n’y paraît.

Selon une étude de Siparex et de Bpifrance, la part des dirigeants de PME et d’ETI qui considèrent l’IA comme une priorité stratégique est passée de 48 % à 86 %. Le taux d’adoption, lui, est passé de 15 à 55 %. Sur le terrain, des gains de productivité commencent à être mesurés ; 50 % sur les fonctions de développement informatique, 100 à 200 % sur la production de contenus techniques et marketing, selon les auteurs de l’étude.

Pour autant, les entreprises françaises ne flambent pas sur les budgets et elles ciblent des déploiements rapides de moins de six mois. Quant aux chemins vers l’IA, ils ne se ressemblent pas tous.

L’option d’une seule solution standard pour tout le monde

Deux exemples dans l’industrie en témoignent. Le groupe industriel alsacien Socomec, spécialiste des équipements électriques, a fait le choix de la standardisation quand Blackfox, fabricant d’accessoires de jardinage, a attaqué le problème par un cas d’usage ultra-ciblé.

Après une phase d’exploration fin 2023, destinée à s’extraire du bruit médiatique lié aux modèles de langage (LLM), Socomec a structuré un programme de GenAI, global et unifié, sous la direction de Nicolas Morel, responsable du programme.

Ce choix s’est traduit par l’acquisition de 3 200 licences Microsoft Copilot. « La volonté du groupe était d’investir dans une seule solution standard pour tout le monde », explique-t-il lors d’un évènement organisé par l’éditeur d’ERP Divalto.

En parallèle, l’industriel a mis l’accent sur la structuration de ses données. Socomec a déployé une data plateforme centralisée, indispensable pour alimenter des projets de machine learning à long terme, tels que le scoring d’opportunités pour les forces de vente.

Pour encadrer cette démarche, un comité légal et éthique qui associe les ressources humaines et le département juridique a été mis en place. Ce comité a fait un tri parmi les 400 cas d’usage recensés pour n’en retenir « que » 140.

Si le groupe a d’abord bloqué les assistants IA grand public pour prévenir le shadow AI, la stratégie évolue en 2026 avec la mise à disposition de « sandbox sécurisées », des environnements contrôlés où les collaborateurs peuvent expérimenter sans contourner la charte informatique.

Quinze minutes de saisie ramenées à 90 secondes

Chez Blackfox, l’adoption de l’IA a été dictée par une problématique bien tangible. Comme l’explique son DSI François Danet, 65 % de l’activité est réalisée à l’export. Les commandes saturent les boîtes mail le lundi matin après l’activité des jardineries le week-end, et doivent être traitées rapidement pour une expédition impérative le vendredi.

Le traitement manuel de bons de commande – des PDF qui peuvent atteindre douze pages avec des références hétérogènes – exigeait jusqu’à quinze minutes de saisie par les équipes de l’administration des ventes. L’ajout d’une couche d’IA sur un moteur d’OCR a permis de ramener ce temps à moins de 90 secondes.

Face aux limites d’un simple outil de lecture automatisée de documents, incapable de faire les associations de références, Blackfox s’est rapproché de l’Université de Nantes et d’une startup nantaise pour intégrer un moteur d’entraînement basé sur des LLM. L’IA comprend ainsi la commande. Puis elle établit la correspondance entre les articles, tout en apprenant à partir des corrections effectuées par les opérateurs humains.

Après avoir laissé les équipes tester divers modèles librement, l’entreprise a défini un cadre strict et s’appuie désormais sur son environnement Google Cloud Platform et les modèles Gemini.

Le système a été adopté par plus de 80 % des équipes. François Danet précise que les collaborateurs l’utilisent en validant simplement un écran de contrôle plutôt qu’en ressaisissant toute la commande. Ce taux de résistance au changement de seulement 20 % est aussi dû à l’implication des ressources humaines qui ont pu identifier les nouvelles compétences requises, en particulier au sein de l’administration des ventes.

Blackfox prévoit désormais d’internaliser des compétences dédiées à l’IA au sein de la DSI.

L’IA ne dispense pas de cybersécurité

Chez Socomec, un chantier connexe à l’IA est celui de l’Internet des Objets (IoT). L’IoT ouvre la voie vers la « servitisation », un modèle où une entreprise ne vend plus seulement un équipement, mais un service de maintenance conditionnelle fondé sur l’analyse prédictive (ML) des données issues de capteurs.

Le groupe a d’ailleurs une filiale dédiée, baptisée dDruid, pour exploiter une plateforme IoT et les compétences développées sur le traitement des données.

Ce qui est commun entre tous les projets d’IA, en revanche, et avec l’IoT également, c’est la cybersécurité.

Jean-François Millot, RSSI de Divalto, insiste sur l’importance d’une approche par les risques, certifiée ISO 27001. Philippe Balleux-Pruvost, directeur du programme IoT de Socomec, confirme que les deux ne peuvent prospérer sans une conformité stricte aux normes NIS 2 et au Cyber Resilience Act.

« On ne peut pas faire l’IoT si on n’a pas un socle solide en cybersécurité », résume-t-il.

Ces enseignements rejoignent ceux de Nicolas Réquillart, de Siparex, co-auteur de l’étude PME/ETI. L’IA « ne fera pas disparaître les entreprises, mais celles qui sauront l’utiliser prendront l’avantage sur celles qui ne s’en saisissent pas. », avance-t-il.

Et savoir utiliser l’IA, d’après retours des ETI et des PME, c’est identifier et prioriser les bons cas d’usage, former les salariés, repenser les processus, pouvoir mesurer la valeur des gains dégagés et, en amont, filtrer les promesses marketing pour s’attacher avant tout à la réalité du terrain.

Le vibe-coding chez Divalto

Comme les gros éditeurs d’ERP, à commencer par SAP, l’Alsacien Divalto utilise aujourd’hui l’IA (générative et agentique) pour écrire sa base de code.

Ses équipes d’ingénierie ont par exemple confié à un système multi-agents (Claude d’Anthropic et GitHub Copilot) la mise en œuvre d’un « mode sombre ». Ce chantier avait été repoussé plusieurs fois faute de ressources.

La tâche impliquait l’analyse de plus de cent composants et de centaines de milliers de lignes de code. Les agents IA ont pris en charge l’analyse et la réécriture, sous supervision humaine, ce qui a permis de traiter un volume qui aurait mobilisé les développeurs pendant des semaines.

Mais là encore, Jean-François Millot, RSSI de Divalto, souligne que les enjeux de sécurité ne s’estompent pas avec l’agentique. L’autonomie des agents impose un cadre de contrôle encore plus rigoureux que pour les outils d’assistance classiques, prévient-il.

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