Oracle AI World 2026 : OCI appuie sur l’accélérateur

Dans un contexte où les stocks de temps de calcul commenceraient à manquer chez AWS, Azure et GCP, OCI équipe ses datacenters de toutes les puces d’accélération disponibles sur le marché pour permettre aux entreprises d’accéder à l’IA sans plus attendre.

Pour mieux rivaliser sur le marché, OCI, le cloud public d’Oracle, aura l’offre la plus riche en matière de technologies d’accélération pour l’IA. Et pour apaiser les polémiques concernant son mégaprojet de datacenter Jupiter aux USA, la décision a été prise de ne finalement plus installer de centrale électrique au gaz sur site. Telles sont les deux annonces saillantes que les responsables d’OCI viennent de faire, lors de la conférence annuelle d’Oracle, AI World 2026, qui se tient cette semaine à Las Vegas.

« L’IA ne fait pas que modifier la façon de travailler des entreprises. Elle bouleverse aussi la manière de déployer des datacenters. Et nous pensons être, avec ces annonces, l’hyperscaler qui sait le mieux s’adapter » vante, sur scène, Clay Magouyrk, le PDG d’Oracle responsable des infrastructures cloud.

Fait inhabituel, Oracle a en effet, depuis septembre 2025, deux PDG. Le second est Mike Sicilia et il a, lui, la responsabilité des produits vendus aux entreprises (applications sur site ou en cloud). Cela dit, si les deux PDG commandent les opérations, le pouvoir décisionnel reste entre les mains du cofondateur, président du conseil d’administration et directeur technique d’Oracle : Larry Ellison (82 ans).

Toujours est-il que cette organisation bicéphale a le mérite de séparer l’activité historique d’édition de logiciels – qui croît tranquillement de 10 % annuellement sans nécessiter d’investissements extraordinaires – de l’activité d’hébergeur, autrement plus agitée. Celle-ci vient encore de bondir grâce à l’IA (+121 % de CA en un an, selon les derniers chiffres trimestriels), mais au prix d’une fuite en avant qui flirte avec l’insoutenable. Ainsi, OCI aurait investi 28,5 milliards de dollars lors du dernier trimestre comptable pour gonfler des infrastructures qui lui ont rapporté dans le même temps 7,4 mds $, soit environ 4 fois moins.

La volonté de Larry Ellison est de sortir OCI de la catégorie des hyperscalers de seconde zone. Soit une petite dizaine d’hébergeurs internationaux qui se battent pour conserver quelques pourcentages de part de marché. Loin derrière les trois géants AWS, Azure et Google Cloud (GCP) qui, ensemble, concentrent les deux tiers des ventes mondiales de services informatiques en ligne.

Pour y parvenir, l’effort qu’OCI doit fournir est considérable. Il faut non seulement qu’il parvienne à proposer l’offre la plus compétitive, mais aussi qu’il accroisse considérablement son parc de datacenters. Ce sont précisément les deux enjeux que ciblent les annonces faites par OCI, lors de la conférence AI World 2026.

Toute une variété d’accélérateurs

Courant 2027, les datacenters d’OCI hébergeront des serveurs dopés aux accélérateurs TPU conçus par son concurrent Google Cloud. En plus des dernières infrastructures Nvidia, dont OCI a confirmé une première livraison, ce sont des serveurs avec des processeurs Vera accompagnés de GPU Rubin, et d’autres encore avec seulement des processeurs Vera. Et aussi, en plus des puces Jalapeño que son client OpenAI se fait fabriquer par Broadcom. Et en plus des accélérateurs d’inférence de Cerebras, avec qui OCI vient de passer un accord. Et en plus des GPU MI455X d’AMD. Et en plus aussi de serveurs x86 à base d’Intel Xeon 7 qui seront secondés, eux aussi, par des GPU Rubin de Nvidia.

Une telle variété est inédite.

« Nous avons la conviction que des traitements d’IA, différents, ont chacun besoin d’une infrastructure différente », commente Malesh Thiagarajan, le directeur d’OCI (en photo en haut de cet article), lors d’un entretien avec la presse.

« L’objectif est d’offrir le meilleur rapport performance/prix pour l’inférence IA, en proposant des puces spécialisées selon les besoins du client. C’est l’idée clé : nous voulons être la plateforme où chaque dollar investi produit le maximum de résultats. Et nous pensons que cette opportunité d’une inférence spécialisée ne fait que commencer », ajoute-t-il.

Selon lui, Google Cloud serait ravi qu’OCI utilise ses TPU, car cela permettrait à ses technologies de toucher de nouveaux clients. A priori, ces TPU sont plus optimaux pour exécuter les tâches d’inférence qui reposent sur Gemini, le LLM du même Google Cloud.

Cela dit, on ignore si offrir une telle variété de technologies est véritablement l’objectif que poursuit OCI. Ou s’il s’agit plutôt d’aller chercher chez tous les fournisseurs possibles des lots de puces qui n’ont pas encore été achetés par l’un des trois grands hyperscalers.

« Le marché des services d’infrastructure pour l’IA est sous tension. Vous avez des offres dont toutes les ressources de calcul sont déjà réservées pour l’année 2027. Certaines sont même déjà en rupture de stock pour 2028. En venant chez OCI, les entreprises n’auront pas à attendre aussi longtemps », promet Malesh Thiagarajan. Il ne répond donc pas directement à la question, mais suggère que la clé du succès pour un hyperscaler serait d’avoir de la puissance de calcul à vendre. Qu’importe sa nature ?

Jupiter troque sa centrale à gaz contre des batteries

Avoir beaucoup de temps de calcul en stock est justement l’objectif de la construction de Jupiter au Nouveau-Mexique. Ce datacenter gigantesque, qui devrait avaler 2,45 gigawatts d’électricité et occuper près de 570 hectares, devait entrer en production en 2029. Cela n’arrivera pas, car les citoyens du territoire concerné ont exprimé à leurs élus leurs craintes que ce colosse les prive d’électricité, d’eau, et pollue leur environnement avec les émissions de carbone de la centrale au gaz qui devait compléter la fourniture d’énergie sur site.

« Nous changeons totalement notre stratégie énergétique sur Jupiter ! » s’empresse d’annoncer Malesh Thiagarajan, comme pour dire que le problème est résolu. « Il n’y aura plus de système à combustion, nous allons utiliser des batteries. Et maintenant nous travaillons avec les autorités locales pour conclure les démarches administratives. Et avancer ! », martèle-t-il. Le premier permis de construire qui avait été bloqué était celui du pipeline qui devait acheminer le gaz. Des rumeurs prétendaient qu’OCI était prêt à faire venir le gaz par camions pour contourner les autorités. Malesh Thiagarajan confirme juste avoir lu cela dans la presse.

Toujours est-il que si Jupiter ne fabrique pas son électricité sur place, il faudra qu’il la tire des centrales qui alimentent les villes alentour. Pradeep Vincent, le patron de l’architecture chez OCI, a trouvé une manière très positive de présenter la situation : « Le problème avec un grand datacenter est que, lorsqu’il allume ou éteint tous ses serveurs en même temps, cela peut créer un dysfonctionnement au niveau des centrales qui l’alimentent. Nous avons donc mis au point un système qui s’allume ou s’éteint de manière lente, responsable, en coordination avec l’opérateur d’électricité », dit-il.

En pratique, LeMagIT croit comprendre que ce sont les fameuses batteries évoquées par Malesh Thiagarajan qui feraient tampons. Elles continueraient de pomper du courant pour se charger en cas de coupure brutale et seraient sollicitées lors d’un redémarrage général pour ne pas tirer d’un coup trop d’électricité du réseau civil. Reste à savoir si cette épatante initiative satisfera les habitants de la région qui semblaient plutôt s’inquiéter d’un problème de partage de l’énergie.

Davantage de cloud hybride et d’accès rapide aux données

Parmi les autres initiatives, censées permettre à OCI de s’élever au rang de ses rivaux AWS, Azure et Google Cloud, on note une adaptation native du service Snowflake AI Data cloud, c’est-à-dire directement facturée par OCI, et une amélioration du réseau Acceleron qui interconnecte ses serveurs.

Snowflake AI Data cloud est censé apporter une couche d’analytique métier aux données stockées dans OCI sous n’importe quel format. Il s’agit essentiellement de proposer aux clients existants de Snowflake une possibilité de cloud hybride avec OCI.

Le réseau Acceleron, présenté l’année dernière, consiste à multiplier les switches redondants pour favoriser des itinéraires bis qui évitent aux communications de passer par des goulets d’étranglement. Les utilisateurs qui développent leurs propres applications d’IA ont accès à une bibliothèque CCL (Collective Communication Library) qui leur permet d’affiner la parallélisation de leurs flux. Il s’agit d’un réseau RoCE (RDMA-over-Converged-Ethernet) qui non seulement évite la perte de paquets, donc les ralentissements, mais permet aussi d’écrire directement dans la mémoire des GPU, sans passer par les processeurs des serveurs.

Outre amener des cartes réseau qui supportent des bandes passantes de 800 Gbit/s et des switches qui intègrent une couronne photonique autour de leur ASIC (ce qui est plus efficace que les embouts SFP à mettre dans chaque connecteur Ethernet), la nouvelle version d’Acceleron a le mérite d’interconnecter les serveurs de calcul aux baies de stockage, pour accélérer drastiquement les lectures/écritures de données. À ce titre, Clay Magouyrk s’est félicité sur scène de l’arrivée des baies de NetApp, Weka, Vast Data et DDN dans la flotte des équipements d’OCI.

Pour OCI, la souveraineté est moins l’enjeu des entreprises que leur accélération

Reste à savoir si tous ces efforts pour se positionner parmi les meilleurs hyperscalers ne risquent pas de se heurter à des stratégies locales de souveraineté, soit l’abandon progressif des hébergeurs de cloud américains au profit d’un retour à l’informatique sur site. 

Malesh Thiagarajan balaie cette hypothèse : « Nous sommes convaincus qu’il existe un certain aspect de souveraineté des données, qui existe depuis longtemps et qui continuera d’être un sujet de discussion majeur à l’avenir. Et nous y répondrons de plus en plus en rapprochant la pile d’inférence (ou les lieux où sont traitées les données) de nos clients, plutôt que les laisser dans un autre pays. »

« Mais le véritable enjeu pour les entreprises est plutôt de savoir comment elles vont être en mesure d’adopter rapidement l’IA. Parce que, dans le monde de l’IA, les entreprises qui l’adoptent rapidement gagnent un avantage concurrentiel. Et ça, ce sera possible grâce à la gamme d’outils et de technologies que nous distribuons », ajoute-t-il.  

Lors de sa conférence, Oracle n’a pas fourni de chiffres à jour pour évaluer la place d’OCI sur le marché des hyperscalers. Si l’on en croit l’étude récente du cabinet Fortune Business Insights, qui comptabilise manifestement ensemble les revenus IaaS et ceux des services dits serverless (applications SaaS et plateformes PaaS propres à l’hébergeur), le marché des hébergeurs de cloud public devrait atteindre 582,73 milliards de dollars au terme de cette année. En supposant que les prochains résultats trimestriels de toute l’activité cloud d’Oracle soient toujours 1,6 fois meilleurs que ceux d’un an auparavant, OCI et les applications SaaS de l’éditeur pourraient finir 2026 avec un CA annuel d’environ 43 mds $, soit environ 7,4 % du marché.

Crédits photo : Malesh Thiagarajan, le directeur d’OCI, lors d’un entretien avec la presse, pendant l’Oracle AI World 2026. – © Yann Serra pour LeMagIT

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