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Béziers parie sur l’IA pour améliorer ses canalisations
Comme de nombreuses communes, le réseau d’eau potable de l’agglomération de Béziers est ancien et ses coûts d’entretien élevés. Mais les données et une IA bien choisie aident à optimiser les interventions et à synchroniser ces travaux entre villes.
Avec un rendement de 82,4 % – soit 1 litre d’eau perdue pour 5 litres qui arrivent au consommateur –, l’Agglomération de Béziers Méditerranée est dans la moyenne des réseaux de distribution d’eau potable français. Il est toujours possible de faire mieux, mais 60 % des 881 km de conduites de son réseau ont plus de cinq ans. Or le taux de renouvellement moyen ne dépasse pas 0,35 %. Les équipes de la Communauté d’Agglomération Béziers-Méditerranée (CABM) doivent donc planifier de la manière la plus efficace possible les travaux de rénovation et changer les canalisations les plus susceptibles de provoquer des fuites dans les années à venir.
Suez assure l’exploitation du réseau d’eau de la CABM en délégation de service public (ce sera Veolia à partir de 2027). Il en assure les réparations ponctuelles. Mais ce sont les équipes de la CABM qui, en tant que maître d’ouvrage, assurent les travaux de rénovation.
« Depuis 2008, nous disposons d’un SIG, mais l’outil ne nous satisfaisait pas complètement, car il ne nous permettait pas d’établir un vrai programme de rénovation, avec un chiffrage de travaux de renouvellement de réseau », explique Olivier Bouvier, technicien au Service de gestion des réseaux du département cycle de l’eau.
Améliorer le rendement du réseau de distribution
La CABM s’est tournée alors vers une startup spécialisée dans la recherche de fuites à partir des données et de l’analytique (Leakmited). Le modèle de Leakmited est original, puisque l’entreprise n’est rémunérée que si ses recommandations sont pertinentes et apportent des résultats.
« Notre mission est d’atteindre plus de 90 % de rendement, contre 80 % en moyenne en France », explique Sébastien Mounier, CTO de Leakmited. « Nous prenons un engagement de réduire 20 % des pertes au minimum pour être payés. Nous sommes les seuls en France à faire cela ».
L’Agglomération de Béziers Méditerranée s’est aussi tournée vers l’offre de jumeaux numériques du même éditeur pour la gestion patrimoniale du réseau. La startup récupère les données, essentiellement le plan du réseau dans le SIG et des données dans des fichiers Excel (dates de pose de chaque tronçon, du diamètre et du matériau de chaque canalisation). Puis elle analyse ces informations avec ses algorithmes pour calculer une probabilité de risque de fuite.
Paradoxalement, aucune donnée de consommation et de mesures de débit dans le réseau n’est fournie à Leakmited. « L’intérêt n’est pas de détecter des fuites en cours, mais d’anticiper des possibilités de casses en fonction de la date de pose », justifie Olivier Bouvier. « Le risque de casse est fonction de l’ancienneté du réseau et du matériau de la conduite ; certains matériaux sont plus fragiles que d’autres. En croisant ces données, notre modèle identifie quels tronçons casseront en premier. »
Plusieurs sources d’informations corrélées
Pour faire cette prédiction, ces données sont enrichies avec des informations extérieures, comme les pentes, les pressions, ou des données du réseau routier.
« Les canalisations sous les axes très fréquentés par des camions peuvent être rapidement fragilisées », explique Sébastien Mounier, « Trente ans de vibrations sur une canalisation PVC, ça va durcir et ça va casser. »
Les données satellitaires et les données sur la nature des sols du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) alimentent également les algorithmes.
Les experts peuvent ensuite faire varier les différents paramètres du modèle pour effectuer leur planification en fonction de leurs priorités.
Une IA à l’ancienne, mais efficace
L’autre intérêt de cette planification « data driven » et augmentée à l’IA est de pouvoir la partager avec d’autres communes qui, elles aussi, planifient des interventions de leur côté. La ville de Béziers, par exemple, mutualise ces informations pour établir son programme de travaux sur la voirie et éviter ainsi des successions de chantiers, véritable gêne pour les riverains.
Mais les algorithmes d’intelligence artificielle utilisés par la CABM ne sont pas ultrasophistiqués pour autant. Ce sont essentiellement des arbres décisionnels, tout ce qu’il y a de plus traditionnels, conçus grâce aux experts terrain de Leakmited – des chasseurs de fuite expérimentés qui connaissent parfaitement les faiblesses des réseaux.
« Notre force réside dans l’enrichissement des données et dans l’extraction d’informations à partir de celle-ci, plus que dans la complexité des modèles », explique le CTO de la startup, hébergée chez AWS, qui s’appuie sur PostGIS pour stocker les données des agglomérations.
Cet exemple illustre parfaitement qu’une IA « traditionnelle » et frugale, ancrée dans des sources fiables, surpasse souvent les modèles plus médiatisés, mais moins performants en pratique.
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