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« La question n’est pas tant de créer un cloud souverain qu’un cloud de confiance » (USF)

Le président de l’association des utilisateurs de SAP confirme une attente de ses membres pour des alternatives européennes aux clouds américains. Mais il voit aussi une différence entre la sensibilité des RSSI et celle des DAF sur le sujet.

L’USF a accordé un entretien au MagIT dans le cadre du lancement du nouveau programme cloud de SAP : RISE with SAP. Dans cette troisième partie, le président de l’association d’utilisateurs français, Gianmaria Perancin confirme qu’il y a bien un intérêt de ses membres pour une alternative souveraine aux plateformes américaines afin d’héberger leurs ERP cloud.

Il explique également pourquoi il existe une différence de perception sur le sujet entre SAP et l’USF et confie son envie de travailler davantage avec des acteurs européens comme OVH, T-Systems ou à Atos. Entre autres.

LeMagIT : Nous voulions également aborder avec vous la question du cloud souverain. Vous disiez récemment que l’USF attendait GAIA-X avec impatience. Frédéric Chauviré (Directeur général de la filiale de SAP France) nous a accordé une interview où – de manière très respectueuse de l’USF et sans aucun esprit de polémique avec vous – il répondait que SAP n’avait pas de demandes des clients français pour le cloud souverain. Et qu’au contraire, tout le monde voulait aller chez les hyperscalers. On a du mal à comprendre. D’un côté SAP nous dit qu’il n’y en a que pour les trois gros. Et vous, vous voyez une attente pour le cloud souverain. Comment expliquez-vous cette différence de perception ?

Photo de Gianmaria PerancinGianmaria Perancin, Président de l’USF

Gianmaria Perancin : GAIA-X est un sujet particulier. D’un côté, je rejoins Frédéric, par exemple quand il pense que les DSI vont avoir du mal à convaincre leurs DAF de changer pour un cloud souverain s’il coûte plus cher qu’un cloud classique.

Mais je pense qu’il y a un peu de confusion autour de GAIA-X.

D’abord, GAIA-X est né pour garantir l’interopérabilité des clouds. Rien que ça, c’est très intéressant pour nous. Si je ne suis pas content d’un fournisseur, je dois pouvoir aller chez un autre sans tout reconstruire de fond en comble.

Deuxième point : je sens qu’il y a deux sensibilités. La financière [qui regarde les prix des clouds] et la sécuritaire (pas dans le sens « politique », mais dans le sens du patrimoine informationnel). Tous les RSSI – normalement – nous mettent en garde quand on va sur un outil qui peut être soumis au Patriot Act ou couvert par le Cloud Act, que tel fournisseur pourrait être obligé par la loi américaine à transmettre nos données si un juge fédéral les demande.

Alors d’accord, ce n’est pas tous les jours. C’est rare. Mais c’est un risque difficile à assumer pour certaines entreprises, surtout si elles sont stratégiques et qu’elles manipulent des données très sensibles. C’est pour ça aussi que GAIA-X nous semble une réponse intéressante à regarder.

Sans oublier qu’il y a des membres de l’USF qui font partie du consortium… et SAP aussi ! Cela veut bien dire quelque chose !

On a aussi commencé à discuter avec un acteur comme le Medef, pour voir ce qu’on pourrait faire ensemble sur le sujet. Je souhaiterais pouvoir aussi travailler avec le Cigref.

Mais pour moi, la question n’est pas tant de créer un cloud souverain à la Numergy ou à la Cloudwatt que de créer un cloud de confiance à l’européenne. La nuance est importante.

« La question n’est pas tant de créer un cloud souverain à la Numergy ou à la Cloudwatt que de créer un cloud de confiance à l’européenne »
Gianmaria PerancinUSF

Quand la CNIL a mis en place le RGPD, elle l’a fait avec ses homologues européens du G29. Tous ensemble, ils ont autorisé que des données puissent sortir vers certains pays dont la législation est considérée comme équivalente à celles de l’Union européenne sur la protection des données. Il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a [N.D.R. : pas les États-Unis].

L’Europe n’a pas dit « toutes les données doivent rester chez nous ». Elle a imposé certaines exigences. Si celles-ci sont respectées en dehors des frontières de l’Union européenne, c’est bien. On peut y aller.

GAIA-X a, me parait-il, la même philosophie. Faisons un cloud de confiance à l’Européenne, peu importe où il est. Mais il faut qu’il soit capable d’offrir une sécurité qu’aujourd’hui, je pense, les lois américaines ne donnent pas.

LeMagIT : Et vous confirmez qu’il y a un intérêt chez vos adhérents ?

Gianmaria Perancin : Oui, il y a chez nous des gens qui se posent des questions. Et ceux qui travaillent dans la sécurité des systèmes d’information et dans la protection du patrimoine informationnel y sont encore plus sensibles. Après, à mon avis, ce sera une question de risques/coûts. Est-ce qu’une entreprise est disposée à payer un peu plus cher pour couvrir un risque ou pas ?

Mais tant que GAIA-X n’est pas là, la question ne se pose pas. Donc de mon point de vue, il faut travailler pour offrir cette option qui manque aujourd’hui.

LeMagIT : D’accord, mais il y a quand même bien une différence de perception importante entre vous qui dîtes que c’est une réflexion qui monte et SAP France qui dit qu’il n’a aucune demande ?

Gianmaria Perancin : Je pense qu’on ne parle pas de la même échelle de temps. Frédéric Chauviré n’a pas de demande maintenant. À l’USF, on regarde sur le plus long terme. Mais il faut qu’il y ait quelque chose à la fin, pas comme Cloudwatt ou Numergy.

Il faut que le couple franco-allemand, au sein de l’UE, arrive à pousser ça. Et je crois qu’il est en train d’y arriver. Des entreprises italiennes et espagnoles ont rejoint le consortium. C’est un signe qui montre que ça intéresse. Les gens veulent se positionner. Donc, essayons de creuser le sillon pour voir si ce projet peut tenir la route.

« SAP dit qu’il n’y a pas de demande et c’est normal. Ses projets ont lieu maintenant, pas dans six ans. Mais c’est aussi maintenant qu’il faut construire l’avenir »
Gianmaria PerancinUSF

En plus, si on ne s’en donne pas les moyens aujourd’hui, on ne le saura jamais. Moi, je pense que c’est le moment d’insister et de pousser pour qu’on le fasse. SAP dit qu’il n’y a pas de demande et c’est normal. Ses projets ont lieu maintenant, pas dans six ans. Mais c’est aussi maintenant qu’il faut construire l’avenir.

LeMagIT : Lors de votre intervention avec Frédéric Chauviré, il y a eu une question du public sur OVH. Y voyez-vous un autre signe ?

Gianmaria Perancin : Effectivement, quelqu’un a posé la question de savoir si OVH pourrait faire partie de RISE. Frédéric Chauviré a répondu qu’il n’y avait pas encore de solution SAP certifiée sur OVH, mais qu’ils étaient en train de discuter.

Personnellement, je ne peux pas parler à la place du public. Mais OVH est un acteur français et ça ne peut que m’intéresser de voir comment OVH va travailler avec SAP. Je ne peux que me réjouir d’entendre Frédéric Chauviré dire que pour l’instant, certes, rien n’est certifié, mais qu’ils travaillent avec eux, qu’un canal est ouvert. Et moi, je ne peux qu’espérer que ce canal débouche sur quelque chose, et j’espère plutôt tôt que tard.

LeMagIT : On vous sent particulièrement enthousiaste sur OVH et GAIA-X ?

Gianmaria Perancin : Je suis italien. Je vis en France. Forcément, je suis fondamentalement Européen. Ma conviction profonde est qu’il faudrait avoir des acteurs européens qui soient capables d’offrir des alternatives fiables aux acteurs américains ou asiatiques.

Du coup [ces discussions entre OVH et SAP] ça me donne envie de travailler davantage avec OVH (et c’est en cours). Mais aussi avec d’autres. Je pense à T-Systems ou à Atos, par exemple. Il y a même des entreprises qui ont leurs propres datacenters et qui sont en train de réfléchir à les faire entrer dans le consortium de GAIA-X. Je voudrais qu’ils soient tous beaucoup plus vus comme des acteurs capables, demain, de concurrencer les clouds américains.

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