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ERP Cloud : les grands groupes veulent aller chez les hyperscalers (SAP France)

Alors que le cloud séduirait les entreprises françaises, SAP explique qu’il n’a – pour l’instant – aucune demande de ses clients locaux pour migrer vers des infrastructures alternatives aux géants du cloud ni pour se mettre à l’abri du CLOUD Act. Un constat qui tranche avec les positions de l’USF et du Cigref.

Alors que le CIGREF a mis en garde cette année contre une forme de naïveté à n’utiliser que des géants du cloud, et alors que l’USF appelle de ses vœux le cloud souverain, Frédéric Chauviré (Directeur General de la filiale de SAP France) ne voit de son côté aucune demande dans ce sens. Au contraire. Pour lui, les clients de SAP et les acheteurs d’ERP seraient prioritairement intéressés par les « hyperscalers » pour mettre leurs applications métiers dans le cloud.

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Il ne faudrait cependant pas voir dans cette divergence le signe d’un conflit. Les relations entre SAP France et ses utilisateurs se sont en effet réchauffées. À tel point d’ailleurs, que l’USF est désormais invité en tant que co-animateur à des sessions de SAPPHIRE.

Dans la deuxième partie de cet entretien (la première abordait la dynamique de l’éditeur en France), le Directeur général de SAP France aborde cette problématique de la souveraineté (ou cette non-problématique) et revient sur l’intérêt grandissant de SAP et de ses clients pour des solutions IT qui permettent d’être plus « verts » (ce qu’il nomme la « Green Line »).

L’ERP S/4 prend en France sur le cloud public

LeMagIT : Revenons à S/4HANA si vous en êtes d’accord. SAP pousse beaucoup le côté cloud de cette offre. Mais votre ERP est disponible en différents « parfums » : cloud public, mais aussi privé, managé, voire hybride. Comment se ventilent les déploiements en France ?

Frédéric Chauviré : Il y a effectivement trois grands modèles de déploiement pour S/4HANA : cloud public, cloud privé et un S/4 qui peut être hébergé chez un hyperscaler. Ou, dans certains contextes très spécifiques, dans le datacenter du client.

« Chez les grands comptes, c'est soit du cloud privé, soit du cloud hosté par AWS, Google ou Microsoft. »
Frédéric ChauviréSAP France

Il y a clairement une phase d’accélération de S/4HANA en France depuis début 2019. Nos intégrateurs nous ont même demandé de l’aide à l’époque parce qu’ils n’arrivaient pas à suivre la demande. Les clients voient bien l’opportunité de simplifier leur ERP (en réduisant le nombre de spécifiques lors de la migration). Depuis janvier, il y a 10 % de services SAP dans chaque projet. Non pas pour vendre du conseil, mais parce que cela permet de rester systématiquement au plus proche du standard. Et nous le faisons en collaboration avec l’intégrateur. Tout cela est assez nouveau.

Ce sont aussi des projets de plus en plus courts : chez un grand groupe du CAC 40, un système qui avait plus de 10 ans va être migré en seulement 15 mois.

Pour répondre à votre question, sur le segment du « General Business » [N.D.R. : ETI, Midmarket], nous avons beaucoup de cloud public et de cloud privé. Chez les grands comptes, c’est soit du cloud privé, soit du cloud hosté par AWS, Google ou Microsoft. Dans ce cas, l’infrastructure est publique, mais l’instance SAP est privée.

LeMagIT : Et sur la proportion de « on prem » ? Vinci ou le Parlement européen ont par exemple choisi S/4HANA sur site. Plusieurs industries (notamment en Allemagne) ont par ailleurs milité pour que la brique RH de S/4 puisse être sur site (et qu’elle ne soit pas SuccessFactors). Comment réagit le marché français ? Veut-il lui aussi encore des déploiements sur site ?

Frédéric Chauviré : Nous n’avons pas vécu [cet épisode des revendications de la DSAG] de la même façon en France où SuccesFactors a de très belles performances, aussi bien chez nos clients ERP qu’en standalone.

Mais non, nous n’avons pas eu de demande spécifique des clients français par rapport à cela.

LeMagIT : Donc pour résumer, chez les grands comptes français, S/4HANA prend, et il prend en ERP cloud et particulièrement en cloud public ?

Frédéric Chauviré : Exactement.

Pas de demande pour un cloud souverain chez les clients français

LeMagIT : L’USF a fait part de la volonté de ses membres de pouvoir garder la main sur leurs données (ce qui peut être difficile dans le cloud). Il a dans la foulée souligné son intérêt pour un cloud souverain européen (dont SAP est un des acteurs au sein de GAIA-X). Même si vos clients choisissent le cloud, comme vous venez de le dire, est-ce que ce sont tout de même des sujets de discussion que vous avez avec eux ?

Frédéric Chauviré : D’abord je tiens à souligner que nous donnons toujours le choix à nos clients. Ils peuvent hoster S/4 chez eux ou chez un hyperscaler.

« La question que nous posent nos grands clients c'est plutôt comment SAP peut nous aider à migrer vers un hyperscaler ? »
Frédéric ChauviréSAP France

Ensuite, SAP est le seul acteur européen dans le Top 10 des acteurs cloud mondiaux. Je suis très fier de cette identité européenne (et d’avoir 1 000 personnes en R&D en France).

Par rapport au cloud souverain, comme vous l’avez dit, nous sommes actifs dans GAIA-X. C’est un projet qui vise à assurer la portabilité des données entre clouds. J’y crois beaucoup.

Maintenant… si vous définissez le cloud européen comme « un acteur [à la OVH] qui pourrait rivaliser avec AWS, Google et Azure », j’ai peur que les investissements nécessaires soient trop importants.

LeMagIT : Peut-être, mais on peut tout de même héberger du SAP sur un cloud plus petit comme T-Systems, qui est votre partenaire historique. Cela permet d’avoir ses données en Europe et non soumises au CLOUD Act. Vous ne constatez pas d’appétence des grands clients français pour ce type de déploiements ?

Frédéric Chauviré : Non. Les questions que nous posent nos grands clients à l’heure actuelle c’est plutôt : comment SAP peut nous aider à migrer vers un hyperscaler ? Et comment le faire de la meilleure des façons possibles ?

Mais je ne vois pas de mouvements de fond ou de clients qui me disent : « Frédéric, comment je fais pour héberger mes data chez T System [ou sur un cloud souverain] ? ». Pas pour le moment en tout cas.

LeMagIT : Pourtant le Cigref s’est récemment montré très critique sur ces gros acteurs cloud (« nous avons fait preuve d’angélisme », disent-ils). Mais vous me confirmez que dans les demandes concrètes de vos clients, vous ne voyez pas ce type de demandes alternatives ?

Frédéric Chauviré : Non, je ne le vois pas du tout.

« Je ne pense pas que nous ayons encore une compréhension totale du CLOUD Act. Certains clients estiment même que l'on peut y être soumis dès que l'on paie en dollars. »
Frédéric ChauviréSAP France

Et pour être très précis… ce n’est pas parce que les données sont hébergées en Allemagne chez un T-Systems que vous avez forcément une protection totale contre le CLOUD Act.

Le CLOUD Act est en mesure d’être activé dès qu’un élément technique a la possibilité, d’une manière ou d’une autre, d’être rattaché à une entreprise américaine. Son application peut être très large. Je ne pense pas que nous ayons encore une compréhension totale de ce que cela veut dire. J’ai même des clients qui estiment que l’on peut être soumis au CLOUD Act dès que l’on paie en dollars. Donc pour moi il y a une problématique technique, certes, mais c’est surtout une problématique juridique.

En tout cas, je n’ai pas de vague de demandes de clients français qui me demandent de trouver une solution.

La tendance Green

LeMagIT : Y’a-t-il une autre tendance clef que vous voyez sur le marché français ?

Frédéric Chauviré : Oui, il y en a une que j’aimerais aborder parce que je vois une accélération très marquée sur le marché français. C’est la partie « Green ».

Je dis souvent qu’avec nos produits, nous sommes les seuls à couvrir à la fois la « Top Line » [N.D.R. : du compte de résultat, c’est-à-dire la génération de chiffre d’affaires], la « Bottom Line » [N.D.R. : optimisation des résultats nets et la profitabilité, donc les outils de gestions internes], et ce que nous appelons la « Green Line ».

La « Green Line » c’est comment produire avec moins de ressources ou avec des ressources qui ont déjà été utilisées. Il y a une vraie appétence actuellement sur ce sujet. C’est un domaine où je pense que la France peut créer une différence au niveau mondial parce que l’on est en avance. 

C’est trois lignes sont très présentes dans les boards de nos clients. Ils se demandent presque tous comment être plus durables (« sustainable »), et comment intégrer très en amont la responsabilité environnementale et sociale.

LeMagIT : Comment cela se traduit-il concrètement ? Vous vous appuyez sur Ariba ?

Frédéric Chauviré : Cela commence effectivement par Ariba qui peut scorer la dimension « verte » des fournisseurs. Mais cela va plus loin que le seul « Green IT ». Par exemple, c’est aider à voir comment vous pouvez réutiliser des PLV qui ont déjà été en magasin et que l’on peut recycler. C’est comment produire du béton à partir de gravats issus de la démolition.

Chez SAP, nous avons annoncé le lancement de Climate 21. Climate 21 mesure et fait des simulations pour savoir comment on peut être plus efficace en termes d’empreinte carbone. Chez SAP France nous travaillons par ailleurs déjà sur plusieurs projets d’amélioration de la performance énergétique.

Et nous avons aussi beaucoup de produits connexes à l’ERP et à Ariba qui permettent de capturer la data et de s’appuyer sur celles-ci pour faire évoluer les processus de production.

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