Emploi en SSII : des effectifs stabilisés chez les ténors, les sous-traitants sous pression

Contrairement à la crise post bulle Internet, la récession actuelle ne se traduit pas pour l'instant par une explosion brutale des intercontrats en SSII. Mais un faisceau d'indices concordants montre que la situation se tend graduellement.

Alors que tombent peu à peu les résultats des SSII, une tendance se confirme : le coup de frein des donneurs d'ordre a été, au quatrième trimestre 2008, plus brutal qu'attendu, et la situation s'est encore sensiblement dégradée en début d'année. Le résultat ? Une certaine pression sur les effectifs des SSII, d'autant que les attentes des donneurs d'ordre en matière de réduction des prix se traduisent par une délocalisation croissante dans les pays low cost (offshore). D'ailleurs, le taux de chômage des informaticiens est en pleine remontée, même s'il reste pour l'heure à un niveau bas (4,2 %).

Des phénomènes qui ont plusieurs conséquences. Primo, une stabilité ou une légère décrue des effectifs dans les pays dits développés, dont la France. C'est la voie indiquée par Capgemini par exemple. Sopra, de son côté, prévoit toujours "une légère progression de ses effectifs en France" sur 2009. Sans détailler les évolutions pays par pays, Thierry Breton, le Pdg d'Atos-Origin, a lui annoncé vouloir réduire les effectifs du groupe de plus de 51 000 salariés en 2008 à 49 000 personnes en 2009. Ce qui, si on intègre la croissance prévue des forces offshore, signifie le départ de 3 000 personnes dans les différentes filiales du groupe.

L'activité se tasse, les sous-traitants trinquent

Secundo, cette relative stabilité des effectifs masque les difficultés que rencontrent les SSII à adapter leurs personnels aux nouvelles attentes des donneurs d'ordre. Un point souligné par Paul Hermelin, le directeur général de Capgemini, lors de l'annonce des résultats annuels de la société, suite à une question sur le plan social décidé par la SSII sur son activité infogérance. Une inadaptation des personnels également sous-entendue par Thierry Breton qui, de son côté, a annoncé un programme de formation - compris dans le plan TOP - visant à adapter les personnels à l'évolution des processus et des offres.

Tertio, pour protéger leurs marges, les grandes SSII de la place font peser le ralentissement du marché en priorité sur leurs sous-traitants. Atos-Origin a ainsi expliqué vouloir réduire de 1 000 personnes son recours à la sous-traitance, sur un total de 3 700. Une logique dans laquelle s'est inscrit également Steria.

Résultat : de premières situations difficiles. Le cabinet de conseil en recrutement Alternative Search, spécialisé sur les PGI, vient ainsi de se voir confier deux missions d'accompagnement de salariés de SSII en intercontrats. Dans un des cas, il s'agit d'aider les consultants à se repositionner sur de nouvelles missions ; dans le second, d'accompagner des salariés sur le départ dans le cadre d'une rupture conventionnelle du contrat de travail, une nouveauté introduite par la loi de modernisation sociale du 25 juin 2008. "Dans le premier cas, nous formons une vingtaine de consultants qui doivent se repositionner sur de nouveaux appels d'offre. Et doivent se montrer efficaces dès le premier entretien avec le donneur d'ordre", explique Alexandre Bonin, directeur associé du cabinet. "De l'autre, dans le cadre de ruptures conventionnelles, ce sont six personnes que nous accompagnons dans leur recherche d'emploi."

Rupture conventionnelle : une modalité qui tombe à pic pour les SSII

Cette modalité de rupture conventionnelle est d'ailleurs regardée avec appréhension par les syndicalistes. Chez Logica, Michel Bancal, délégué syndical central CFTC, dit redouter un détournement de cette loi, tout en soulignant que l'emploi de cette modalité reste rare au sein de la SSII. Selon d'autres sources syndicales, le taux d'intercontrat parmi les effectifs facturables de Logica serait remonté de 1,5 à 3 % en ce début d'année, chiffres communiqués par la direction en comité d'entreprise [chiffres à prendre avec des pincettes, chaque service RH calculant ce taux avec des critères qui lui sont propres, NDLR]. "On reste dans des fourchettes raisonnables, même si certaines situations individuelles sont difficiles", commente Michel Bancal. Sur l'agence d'Aix en Provence, 22 personnes sur un total de 100 sont ainsi en intercontrats, selon Hubert Macone de la CGT de Logica. Et, dans un contexte morose incitant les salariés à s'accrocher à leur poste, les SSII ne peuvent plus compter sur les départs naturels pour éroder leurs effectifs et ainsi protéger leurs marges. "En ce début 2009, même après un mois ou deux d'intercontrat, les consultants s'accrochent à leur emploi", souligne Alexandre Bonin.

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