Offshore : une arme indispensable pour les SSII, un discours politiquement impensable

Pour le cabinet anglais Bathwick, qui publie chaque trimestre une évaluation des 20 principales SSII européennes, la pression sur les budgets pousse les grands prestataires à augmenter la part d'offshore dans leurs prestations. Mais le contexte social et économique - avec un marché européen des services en recul - rend cette transition problématique.

Le Bathwick Group confirme le recul du marché des services informatiques en Europe. Selon ce cabinet d'études anglais, le tassement, déjà patent dans les chiffres publiés par les principales SSII du continent, atteint 3 % au cours du second trimestre 2009. Et aucun signe de retournement de tendance ne semble se dessiner pour cette année, explique le cabinet. Parmi les 20 SSII* suivies par Bathwick depuis le lancement de son indice au troisième trimestre 2008, toutes connaissent une décroissance de leur activité, à l'exception de l'Espagnol Indra (+ 8 %) et des Indiens Wipro (+ 5 %) et HCL (+ 1,6 %).

HP-EDS : déficit d'image
Pas tendre pour HP-EDS, The Bathwick Group note une nouvelle dégradation de l'image du groupe auprès des DSI qu'il interroge. EDS a longtemps bâti sa stratégie commerciale sur ses relations à long terme avec ses grands clients. Mais, alors que certains dirigeants d'EDS sont sur le départ, HP a besoin de renforcer sa marque. "Si rien n'est fait pour régler ce problème rapidement, les principaux bénéficiaires du rachat de HP seront les commerciaux d'IBM et de CSC", écrit Bathwick. Le cabinet signale que le vice-président Europe d'EDS, Bill Thomas, partira début novembre. Depuis la création du baromètre par la société anglaise (troisième trimestre 2008), HP-EDS a toujours figuré derrière IBM et Accenture.
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Bathwick note un allongement des cycles de décisions en matière d'outsourcing, même si "une petite minorité" de donneurs d'ordre a conclu des affaires rapidement pour des raisons comptables. Les dépenses discrétionnaires sont toujours l'objet des plans d'économies des entreprises, qui se tournent notamment vers l'offshore pour dépenser moins. "En Europe continentale, ce recours à l'offshore semble être en plein essor dans l'industrie et les télécoms", écrit le cabinet. Même si la disponibilité de compétences locales - du fait de la remontée du chômage dans l'IT - freine les délocalisations dans l'immédiat.

Objectif : plus de la moitié des effectifs offshore

Un étau dans lequel se trouvent coincées les SSII basées en Europe, selon Bathwick : "elles doivent modifier la répartition de leurs effectifs pour que plus de la moitié de leurs forces de travail soit située dans des pays à bas coût. (...) Mais, le climat politique rend cette décision très difficile car elle passe par des licenciements dans les pays les plus chers d'Europe (...)". D'où le silence relatif des SSII du continent sur leur stratégie en matière d'offshore. Jusqu'à récemment, en période de croissance, les délocalisations se sont simplement traduites par moins de recrutements en Europe de l'Ouest, rendant ces décisions socialement plus acceptables.

CapGemini fait figure de belle illustration de la tendance soulignée par The Bathwick Group. Alors que l'offshore n'avait pas sa place dans les services logiciels de la SSII il y a encore 5 ans, il y représente désormais plus de 20 %. Et c'est devant la presse indienne - plutôt que française - que CapGemini évoque ses ambitions pour le sous-continent : dans les colonnes du quotidien local DNA, Salil Parekh, que LeMagIT avait rencontré en juillet 2008 à Mumbai, indiquait par exemple récemment son ambition de doubler ses effectifs indiens - 22 000 personnes à ce jour - en 2010. Dans ce cadre, le centre de service de CapGemini à Chennai (anciennement Madras) doit être agrandi pour porter sa capacité d'accueil à 15 000 personnes contre 12 000 aujourd'hui. Un discours qui contraste avec celui tenu sur le vieux continent : si la SSII indiquait, il y encore quelques mois, que l'Inde allait rapidement devenir sa première implantation géographique, elle préfère, maintenant, expliquer que cela prendra peut-être un peu plus de temps que prévu.

Autre tendance conduisant à la réduction des budgets : le Saas, vers lequel les DSI se tournent pour leurs investissements, afin de couvrir de nouveaux besoins départementaux. Et Bathwick de mettre également en exergue l'intérêt de plus en plus répandu pour les Google Apps.

bsiLe Bathwick Services Index est construit sur la base d'indicateurs et informations issues des 20 SSII ciblées (résultats financiers, contrats signés, investissements, etc.) ainsi que sur des interviews de DSI et d'influenceurs de marché, qui livrent leur verdict trimestriel sur lesdits prestataires selon deux axes (capacité d'exécution, position sur le marché). A ce petit jeu, IBM et Logica se distinguent au second trimestre, suivis par un peloton où figurent Atos-Origin, Accenture, Capgemini, HCL, Steria, TCS et Wipro.

* : Accenture, Atos Origin, BT GS, Capgemini, CSC, Fujitsu Services, HCL Technologies, HP/EDS, IBM GS, Indra Systems, Infosys, Logica, Satyam, Siemens IT Solutions and Services (SIS), Steria, TCS, TietoEnator, T-Systems, Unisys, Wipro. 

En complément :

- Offshore en France : la délocalisation en Inde en croissance rapide

- Dépenses IT en Europe : la France n'a plus le bonnet d'âne

Satyam, sans trembler en Europe
Selon le baromètre Bathwick, Satyam est l'auteur d'une belle remontée au cours de ce trimestre, même si la SSII reste dans le wagon de queue des prestataires scrutés par le cabinet. Toutefois, la période trouble qu'a vécue la quatrième SSII indienne, suite aux malversations de son ex-Pdg, a laissé peu de séquelles sur le Vieux Continent, où Satyam n'a pas perdu un seul client majeur, signant même une extension de contrat avec GlaxoSmithKline au cours du second trimestre 2009.
Rappelons que plusieurs très grands comptes notamment américains avaient fui le prestataire après la révélation du scandale. La SSII a été rebaptisée Mahindra Satyam depuis son rachat par sa compatriote Tech Mahindra.

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