Low-code : Outsystems lève des fonds et renforce ses capacités en France

L’éditeur d’origine portugaise Outsystems a annoncé une levée de fonds de 150 millions de dollars en séries E. Le spécialiste de la programmation visuelle entend bien étendre sa présence sur le marché français et renforcer les fonctionnalités de sa plateforme.

Outsystems a dévoilé la semaine dernière son sixième tour de table, une série E de 150 millions de dollars. L’opération a été codirigée par les fonds d’investissement Abdiel Capital et Tiger Global qui rejoignent Goldman Sach, KKR, Guidepost Growth Equity et Armilar Venture Partner, des soutiens existants. Au total, l’entreprise a levé 572,1 millions de dollars et elle est valorisée 9,5 milliards de dollars. Sa plus importante collecte date de 2018 : elle avait réuni 360 millions de dollars.

Fondée en 2001 à Lisbonne au Portugal, Outsystems a installé son siège à Boston. Présente dans 87 pays, la société compte 1 300 collaborateurs et revendique 350 partenaires, dont AWS, Deloitte et Infosys. L’éditeur n’a donc rien d’un nouveau venu. Depuis 20 ans, il conçoit une plateforme low-code mêlant Case Management, BPM et Process Automation. Il affirme avoir réuni une communauté composée de 210 000 développeurs.

« Si vous voulez être précis, ce que nous faisons c’est du low-code, pas du no-code. »
Barry GoffeSenior director, Platform Strategy, OutSystems

« Si vous voulez être précis, ce que nous faisons c’est du low-code, pas du no-code. Et, en général, nous préférons simplement parler de programmation visuelle. Ce que nous constatons, c’est que les clients ont du mal à distinguer deux choses. Et nous sommes donc mis dans le même sac que d’autres acteurs », explique Barry Goffe, Senior Director, Platform Strategy. « Deuxième point, le marché du low-code/no-code connaît un cycle de hype. Tous les acteurs utilisent le terme juste pour être branchés et cool, qu’ils apportent ou non une valeur ajoutée au client. Nous préférons être les plus clairs possible sur le plan technique avec nos clients », ajoute-t-il.

Un environnement avant tout pour les développeurs et les architectes

Outsystems n’est pas le seul pris dans le grand tourbillon du low-code/no-code. Un autre éditeur, Creatio, vient de lever 68 millions de dollars pour sa plateforme LC dédiée à la gestion des processus et au CRM. De son côté, Microsoft mise sur sa Power Platform, tandis que Google Cloud déploie l’offre Business Application Platform. Outsystems, lui est reconnu comme l’un des leaders du Magic Quadrant 2020 réservé aux plateformes low-code d’applications d’entreprise au côté de Mendix, ServiceNow, Salesforce, Microsoft et Appian.

L’éditeur s’adresse avant tout aux développeurs et aux architectes. La plateforme couvre l’ensemble de la pile technologique nécessaire à la conception d’applications. Les usagers peuvent gérer des modèles de données, des processus IT et des logiques métiers, à l’aide d’éléments en glisser-déposer depuis des environnements de développement, de test et de production. Les éléments et les scripts qui composent une application sont personnalisables via des IDE (un programmeur peut également apporter son propre code).

L’éditeur mise sur plus de 400 connecteurs vers les produits les plus exploités du marché, des bases de données Oracle, SQL Server, MongoDB, en passant par les produits SAP ou encore Salesforce jusqu’aux services d’authentification vers Google Workspace ou Office 365. Par ailleurs, il est possible de créer ses propres intégrations par le biais d’un studio. Les utilisateurs ne sont pas forcés de bâtir totalement les applications. Outsystems propose des templates pour l’UI, les fonctions et les cases les plus communs.

 En outre, Outsystems entend offrir plusieurs couches d’automatisation à la mode DevSecOps, la plus évidente est réservée aux tests avant déploiement. Il est également possible de générer des clients pour les applications mobiles sur Android et iOS. Mais avant cela, l’éditeur exploite des algorithmes de machine learning dans le but de conseiller la prochaine étape la plus logique dans le processus métier ou dans un workflow, que ce soit l’ajout d’un plug-in ou d’un déclencheur.

Comme les autres plateformes du genre, celle d’Outsystems permet de superviser les applications et de gérer les projets, de leur lancement à leur mise en production. Enfin, l’éditeur ajoute régulièrement des outils pour s’adresser à un plus grand nombre de personas. La somme levée la semaine dernière devrait permettre d’améliorer ces différents aspects.

Outsystems vise la plateforme low-code la plus complète possible

« Nous sommes en mesure d’accélérer le développement et d’améliorer le cycle de vie des applications sans compromettre l’expressivité de la plateforme. »
Barry GoffeSenior director, Platform Strategy, OutSystems

« De manière générale, nous comptons améliorer et étendre les capacités de tous nos outils », assure Barry Goffe. Mais « il y a aussi beaucoup de choses à imaginer quant à notre utilisation de l’intelligence artificielle. Les outils de développements comportent beaucoup d’activités banales et répétitives qui peuvent être automatisées », affirme-t-il. De même, le responsable évoque le fait de renforcer la robustesse et la scalabilité de la plateforme.

« Généralement, les éditeurs de solutions low-code et surtout les spécialistes du no-code sont capables d’accélérer les développements en réduisant drastiquement les possibilités de conception. Puisque Outsystems y travaille depuis 20 ans, nous sommes en mesure d’accélérer le développement et d’améliorer le cycle de vie des applications sans compromettre l’expressivité de la plateforme », vante Barry Goffe.

Et si l’éditeur assure que ses outils permettent de bâtir des applications mobiles aux systèmes les plus critiques, ce sont davantage pour les projets d’envergure que ses clients l’utilisent. La solution disponible sur site, dans le cloud (AWS) et en mode hybride a été employée par Cofidis pour déployer 60 applications en 20 mois. Six développeurs d’Engie ont conçu en 28 semaines le logiciel HARPON, pour gérer la programmation des énergies et les processus de nomination pour quatre entités légales réparties dans huit pays.

La tarification proposée par OutSystems reflète cette logique de criticité : la version « basique » de la plateforme est listée à partir de 4 000 dollars par mois (suivant une facturation annuelle) et le forfait standard à 10 000 dollars par mois pour 100 utilisateurs finaux et 3 environnements. Le prix de l’édition Enterprise n’est pas mentionné et est sujet à personnalisation. Une mouture gratuite à vie permet de tester en profondeur la plupart des capacités de la plateforme.

Outsystems renforce sa présence en France

S’il a débuté son activité en Europe, Outsystems a modelé sa croissance aux États-Unis. D’ailleurs, il n’avait pas totalement étendu sa présence commerciale en Europe du Sud. En ce sens, il a ouvert il y a quelques mois un bureau en France.

« Nous ne voulons pas simplement planter un drapeau et vous dire que nous sommes là sans pouvoir soutenir adéquatement les clients français. »
Barry GoffeSenior director, Platform Strategy, OutSystems

« Nous sommes enfin arrivés à un point où nous avons construit l’infrastructure au sein de nos organisations de vente et de support, et nous avons mis en place l’investissement qui nous permet de nous établir sur le marché français de la bonne manière », déclare Barry Goffe.

« Nous ne voulons pas simplement planter un drapeau et vous dire que nous sommes là sans pouvoir soutenir adéquatement les clients français, car, lorsque nous commençons à développer des relations avec eux, nous désirons le faire de manière stratégique ». En 2020, il a étendu son écosystème de partenaires français auprès des ESN Orange Business Services, Sogeti (Capgemini), Devoteam, Infosys, Inetum (ex Gfi) ou encore Oppchain (au total 11 partenaires). L’éditeur assure que l’extension commerciale de son activité motive également la collecte de fonds.

Mais les observateurs dont TechCrunch estime qu’Outsystems prépare une IPO. Paolo Rosado, PDG d’OutSystems, a refusé de commenter cette information. En 2018, il considérait auprès de Reuters que la précédente levée de fonds retardait la nécessité d’une introduction en bourse.

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