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Avec « Frontier », OpenAI entre dans le monde de l’orchestration de l’IA agentique
La couche d’orchestration et de gouvernance de l’IA s’annonce comme une des plus stratégiques de l’IT de demain. De nombreux acteurs se sont déjà positionnés. En sortant une plateforme dédiée, Frontier, OpenAI entre à son tour dans ce que McKinsey appelle la « géopolitique du logiciel ».
OpenAI entre dans la bataille de l’orchestration et de la gouvernance des agents IA. Le créateur de ChatGPT vient en effet d’annoncer « Frontier », une « plateforme » qui se propose de gérer et de coordonner le travail de plusieurs agents qui interagissent eux-mêmes avec différentes applications (CRM, ERP, etc.) et différents « systèmes d’enregistrements » (des jeux de données).
Frontier vs modèle frontière
« Frontier » n’est pas un nouveau « modèle frontière », terme qu’utilisent les éditeurs pour désigner leurs LLMs les plus avancés. « Frontier » est un outil bien distinct qui permet « de créer, de faire fonctionner et de superviser » des flux d’agents, insiste OpenAI.
Il fournit un cadre pour identifier chaque agent, définir ce qu’il a le droit de faire (ou ce qu’il ne peut pas faire) et pour améliorer le fonctionnement dans le temps d’une équipe d’IA.
Ce type d’outil permet également d’auditer les causes de dysfonctionnement dans une chaîne d’agents.
Un outil pour les processus complexes
Avec « Frontier », OpenAI cible les grands groupes et les processus complexes. Des entreprises comme HP, Oracle, Uber ou Intuit font partie des premiers utilisateurs.
Parmi les cas d’usages évoqués par OpenAI, un industriel aurait optimisé l’analyse de ses données de productions – éparpillées dans différents systèmes – avec à la clef des propositions d’ajustement de ses processus opérationnels qui sont passées de plusieurs semaines à une seule journée.
Toujours grâce à des agents bien synchronisés et au désilotage des données, un producteur d’énergie aurait réussi à augmenter sa production de 5 % – soit un milliard de dollars de revenus supplémentaires.
Ces deux exemples s’inscrivent bien dans la philosophie que promeut OpenAI d’une IA générative et agentique qui transforment les entreprises et qui augmentent les chiffres d’affaires, mais qui ne se limitent pas à réduire les coûts et à licencier.
Une entrée dans la géopolitique de l’IA
Le marché de l’orchestration et de la gouvernance des IA est en plein essor
Tous les grands éditeurs d’applications métiers (Salesforce, ServiceNow, etc.), de la RPA (UiPath Maestro, etc.) et les spécialistes de l’IA (Microsoft Foundry, Gemini Enterprise - ex‑AgentSpace, PwC avec Agent OS ou encore le Français Ekimetrics pour des domaines précis avec sa plateforme Radians) tentent de s’y imposer.
La concurrence est d’autant plus forte que des acteurs du domaine connexe de l’observabilité convergent vers ce marché, à commencer par Datadog, Elastic ou Dynatrace.
L’explication de cette ruée vers l’orchestration et la gouvernance des IA tient au fait que cette couche est particulièrement stratégique dans la mesure où l’acteur qui « maitrisera » les agents prendra le pouvoir sur l’IA d’une entreprise et dans ce qu’un Partner de McKinsey, Arnaud Tournesac, appelle « la géopolitique du logiciel ».
Nécessité vitale pour OpenAI
Pour Arun Chandrasekaran, analyste chez Gartner, OpenAI (comme Anthropic) est soumis à une forte pression pour générer un ROI sur les immenses capitaux qu’il a levés. OpenAI est valorisé 500 milliards de dollars et chercherait à obtenir un financement supplémentaire qui le valoriserait à 800 milliards.
Ce ne serait donc pas un hasard s’il élargit son cœur de métier. « [OpenAI et Anthorpic] doivent être à la hauteur de leurs valorisations, ils doivent donc trouver de nouvelles sources de revenus » remet en perspective Arun Chandrasekaran. « Ils ne peuvent plus se contenter d’être des fournisseurs de modèles. Ils doivent aussi être des fournisseurs de “plateformes” et “d’applications”. »
Le problème, ajoute Mark Beccue, analyste chez Omdia (filiale du groupe Informa TechTarget dont fait partie LeMagIT), c’est qu’OpenAI n’aurait pas cette image « grands groupes » (d’où l’importance d’accords d’ampleur comme celui avec BBVA).
« Les entreprises regardent le coût, la sécurité et la fiabilité. Elles doivent avoir une confiance absolue dans leurs fournisseurs », rappelle-t-il. Or les principaux concurrents dans cette nouvelle couche d’orchestration et de gouvernance auraient déjà une culture très B2B que n’aurait pas, ou moins, OpenAI.
« Tous ces acteurs ont déjà établi des relations. Ils ont des contrats, des accords de confidentialité », constate Mark Beccue. « Cela prend des années. »
OpenAI de son côté revendique 6 millions de licences payantes à ChatGPT Enterprise et un million d’entreprises clientes. La bataille n’est donc pas perdue, mais elle s’annonce particulièrement rude.
