Gen Z et IT : ils codent avec Claude, mais craignent pour leur job
Une étude sur le marché de l’emploi dresse un paysage contrasté de la demande en compétences d’IA. Mais elle confirme une fracture générationnelle, où les plus jeunes utilisent l’IA de manière approfondie, en ayant plus peur d’être remplacés.
Les compétences en intelligence artificielle sont de plus en plus demandées par les entreprises. Ce n’est pas une surprise. Mais le site d’emplois Indeed met des chiffres sur cette tendance et permet, grâce à une étude, d’avoir une vision fine et nuancée de cette évolution.
Le verre à moitié plein, ou à moitié vide
Premier constat, l’IA est demandée, mais paradoxalement dans des proportions encore faibles, en particulier en France ou seulement 3,4 % des annonces d’emploi la mentionneraient, contre 4,1 % en Allemagne, et 7,5 % au Royaume-Uni.
« Dans le développement informatique, environ une offre sur cinq mentionne désormais l’IA (21 %), et 15,4 % dans l’administration système », estime Lisa Feist économiste au sein du Indeed Hiring Lab et spécialiste des marchés du travail européens.
« Dans le développement, une offre sur cinq mentionne désormais l’IA. »
Lisa FeistÉconomiste au sein du Indeed Hiring Lab et spécialiste des marchés du travail européens
Derrière ces deux fonctions, c’est par exemple dans le génie industriel que la demande en IA progresse le plus rapidement (+3,9 points en un an). Le marketing est lui aussi en train de changer rapidement (+3,2 points). Enfin, la banque et la finance ont désormais plus de 12 % des offres qui parlent d’IA (+2,1 points). Les RH seraient les plus « conservateurs », confirmant d’autres analyses.
Il n’en reste pas moins que dans les deux premiers domaines, l’IA reste présente dans moins d’une annonce sur dix. Selon que l’on verra le verre à moitié plein ou à moitié vide, on pourra donc considérer que l’IA entre vite, ou doucement, dans les entreprises.
Plus ou moins d’usages avancés par génération
Indeed confirme par ailleurs une fracture générationnelle : la Gen Z est plus consommatrice d’IA et plus régulièrement.
Mais là encore, ils ne sont « que » 14 %, à l’utiliser quotidiennement, et « que » 45 % en tout, à la questionner au moins une fois par semaine (contre 11 % et 35 % respectivement pour les Millenials).
« Les tâches cognitives sont beaucoup plus populaires chez la Gen Z et les Millennials. »
Lisa FeistÉconomiste au sein du Indeed Hiring Lab et spécialiste des marchés du travail européens
À cela s’ajoutent environ 20 % d’utilisateurs très occasionnels pour ces deux classes d’âge.
Quant à la Génération X et les « baby-boomers », ils seraient environ six sur dix à ne jamais toucher à l’IA (contre un tiers pour les plus jeunes, et la moitié des Millenials).
« Au-delà de la fréquence, les usages de l’IA varient fortement selon les générations », insiste Lisa Feist. « L’écart est le plus important pour les tâches cognitives, plus populaires chez la génération Z et les Millennials ». Par tâche cognitive, Indeed entend la formation et l’apprentissage, l’analyse de données, la gestion de projet et le codage.
Dans les tâches administratives, un grand écart existerait également dans l’acquisition de talents.
Les craintes de remplacement des plus jeunes
Certaines études, dont une du BCG, avancent que plus ils utilisent l’IA, moins les collaborateurs en ont peur (phénomène de démystification). Indeed constate l’inverse.
« La frontière entre complémentarité et substitution devient floue. »
Lisa FeistÉconomiste au sein du Indeed Hiring Lab et spécialiste des marchés du travail européens
« La frontière entre complémentarité et substitution devient floue […]. Les jeunes générations, qui utilisent l’IA pour un large éventail de tâches, en connaissent bien ses capacités… et redoutent davantage ses conséquences sur l’emploi, sur le leur en particulier », écrit Lisa Feist. Ils seraient en effet plus de 35 % à avoir peur pour leur poste, contre 25 % environ pour les Millenials et la Génération X, et 20 % pour leurs aînés.
D’où un paradoxe entre une progression du nombre d’annonces avec de l’IA dans un marché de l’emploi qui se contracte, et la crainte chez eux d’un « remplacement » (sic).
La formation à l’IA, seul rempart pour l’avenir
Prudent, Indeed ne tranche pas ce débat. « Il reste difficile d’établir un lien direct entre le développement de l’IA et l’emploi, même si certaines études suggèrent une corrélation négative, en particulier pour les jeunes entrants sur le marché du travail », conclut Lisa Feist.
L’expert invite en revanche, comme d’autres, à se former. « Maîtriser ces outils en premier peut offrir un avantage concurrentiel réel, tant en matière de productivité que de trajectoire professionnelle », prédit-elle.
Car les statistiques d’Indeed ne font pas que dresser un tableau à l’instant T. « [Elles] laisse entrevoir des écarts futurs sur le marché du travail, bien au-delà des simples craintes liées à la destruction d’emplois », prévient Lisa Feist.