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Alternatives à VMware : VergeIO à la conquête de l’Europe

L’éditeur américain signerait un nouveau contrat de migration tous les trois jours. Sa solution VergeOS, écrite d’un seul tenant pour virtualiser serveurs, stockage et réseau, consomme moins de ressources grâce à une technique de déduplication hors pair.

Voici une autre alternative à VMware et ses tarifs, qui ont explosé depuis son rachat par Broadcom. L’éditeur américain VergeIO propose depuis 2014 la plateforme VergeOS qui, comme vSphere, virtualise à la fois le calcul, le stockage et le réseau, qui (comme Nutanix) le fait à partir d’un noyau KVM étendu avec des fonctions propriétaires, et qui (comme le Français Vates) offre un support professionnel pour une fraction du prix.

« Avant le rachat de VMware par Broadcom, nous étions 30 % moins chers. Depuis, la différence de prix est de 70 à 80 % », lance George Crump, le directeur marketing de VergeIO, que LeMagIT a rencontré à l’occasion d’un récent événement IT Press Tour consacré aux acteurs qui innovent dans l’infrastructure. Si le gros des ventes de VergeIO s’est jusque-là fait aux USA, l’éditeur, dont l’équipe compte une centaine de salariés, espère développer dorénavant sa clientèle européenne, où les attentes en matière de migration depuis VMware restent très fortes.

Selon George Crump, VergeIO aurait à ce point le vent en poupe de l’autre côté de l’Atlantique qu’il signerait désormais un nouveau contrat de migration tous les trois jours. « VMware ayant 80 % du marché, c’est surtout sa solution que nous remplaçons. Mais nous avons également beaucoup de clients qui souhaitent partir de Nutanix, car Nutanix a aussi un problème de tarif trop élevé », précise-t-il.

L’avantage tarifaire de VergeIO est qu’il ne facture pas sa licence selon le nombre de cœurs utilisés, multiplié par le nombre de fonctions activées. Toutes les fonctions sont incluses dans une licence facturée à l’année selon le nombre de serveurs physiques, que ce serveur ait 16 ou 200 cœurs.

Et depuis VMware, migrer vers VergeOS serait également plus rapide que migrer vers n’importe quelle autre solution. D’une part, VergeOS reproduit l’essentiel des fonctions d’infrastructure de vSphere – du moins celles utilisées par des clients qui vont du campus universitaire au centre de loisirs, en passant par des hébergeurs de cloud privés. Dans ces cas d’usage, chaque répartition de charge, chaque segmentation réseau et chaque optimisation du stockage trouverait son équivalent exact sous VergeOS.

D’autre part, VergeIO a développé un connecteur qui fait passer VergeOS comme une destination de sauvegarde de vSphere. Cette astuce technique permettrait de migrer un millier de machines virtuelles en moins de dix secondes.

« Un intérêt de cette technique est qu’elle nous permet de convertir des serveurs vSphere en serveurs VergeOS au fur et à mesure, ce qui vous évite d’acheter de nouvelles machines. Et comme nous sommes globalement plus performants – nous avons besoin de moins de ressources pour fonctionner –, il arrive fréquemment que nos clients décommissionnent de la RAM de leurs serveurs pour la mettre dans des serveurs plus anciens, ce qui augmente d’autant leur infrastructure de virtualisation pour un investissement minime », argumente George Crump.

La technologie clé : une déduplication des données dès la RAM

Techniquement, l’intégralité de VergeOS tiendrait sur 400 000 lignes de code, contre 30 millions pour vSphere. Surtout, VergeOS a été développé d’un seul tenant, alors que ses concurrents ont été écrits sous la forme de modules.

Cette différence d’architecture présente un intérêt fondamental dans l’économie de ressources qui est le trait caractéristique de VergeOS : la fonction de déduplication – c’est-à-dire la réduction des données par élimination des blocs redondants – s’exécute dès la RAM du serveur, avant même que les données partent circuler sur le réseau et aillent se stocker sur des disques. Ce n’est pas tant qu’elle économise ainsi beaucoup de bande passante et de capacité, c’est surtout que cette même déduplication vaut pour toutes les fonctions du système.

« Le système fonctionne avec des données dédupliquées en RAM ; cela signifie que vous n’avez pas besoin de recomposer les données quand vous les chargez depuis le stockage pour travailler avec ni de les redécomposer quand vous les écrivez », dit George Crumb.

Il prend un exemple : avec cette déduplication qui permet de réduire par trois (voire par quatre) la taille des données, un cluster de huit petits serveurs valant chacun 1500 dollars atteindrait l’équivalent de 1,5 million d’IOPS lors de ses lectures/écritures de données. Soit 0,67 cent de dollar par IOPS. Il appelle les utilisateurs à comparer ce que coûte leur solution de stockage, sans pour autant lister lui-même des exemples tirés de la concurrence.

« L’autre avantage de cette technique est que nos snapshots sont incroyablement plus efficaces. Pour la bonne et simple raison qu’ils sont tous des copies complètes de données dédupliquées, plutôt que des segments additionnels de copies complètes. Dès lors, vous éliminez toute la complexité qui se génère naturellement au fil du temps que vous créez des snapshots », dit George Crump.

« C’est-à-dire qu’en cas d’attaque par ransomware, vous ne passez plus des heures à restaurer des serveurs en recomposant les données à partir des snapshots. Vous ne restaurez que le snapshot (sain) le plus récent, en cinq minutes », argumente-t-il.

Des restaurations rapides en cas d’incident

À ce sujet, VergeIO propose aussi l’équivalent d’une appliance de sauvegarde, de restauration et de secours. Appelée ioGuardian, elle stocke sur une infrastructure taillée sur mesure une copie des derniers snapshots et les restaure automatiquement en cas de problème sur la production, que ce soit sur les serveurs d’origine ou dans sa propre RAM. Techniquement, ioGuardian est juste un VergeOS de secours, sur d’autres serveurs, qui travaille de concert avec le VergeOS de production.

Toujours inclus dans le prix, VergeOS est livré avec une fonction appelée ioReplicate qui, elle, permet de stocker sur l’appliance ioGuardian plusieurs VergeOS de production, tout en effectuant une nouvelle déduplication entre les différentes sources. L’éditeur précise que cette fonction est utile lorsque l’appliance ioGuardian se trouve sur un site distant, car elle économise de la bande passante sur les réseaux publics.

Toutes les fonctions de VergeOS sont administrables depuis une console web, mais aussi via une API qui permet d’automatiser les déploiements depuis Terraform, Ansible, Python ou encore PowerShell. Un module sert aussi à exporter la télémétrie au format Prometheus, ce qui permet par exemple de personnaliser des tableaux de bord de monitoring sous Grafana.

Dans l’interface, toutes les fonctions de stockage (équivalentes à vSAN de VMware) sont regroupées dans la rubrique VergeFS et toutes celles relatives au réseau (équivalentes à NSX de VMware), dans la rubrique VergeFabric. VergeFS gère différents tiers de stockage dans un même pool. VergeFabric implémente une version propriétaire d’Open vSwitch pour segmenter les lots d’adresses IP et distribuer des règles individuelles de firewall aux VM.

D’une solution pour prestataires à une solution de remplacement

Initialement, VergeIO vendait surtout VergeOS aux prestataires de cloud privé, car le produit est optimisé pour segmenter un datacenter entier en datacenters virtuels capables de se chevaucher sur les mêmes machines. S’agissant d’une solution qui virtualise à la fois le calcul, le stockage et le réseau, l’éditeur préfère d’ailleurs parler d’ultraconvergence plutôt que d’hyperconvergence.

« Dès le départ, nous avons voulu éliminer le défaut de l’hyperconvergence qui consiste à augmenter d’autant le stockage que la puissance de calcul en ajoutant des nœuds au cluster, alors qu’en réalité ce n’est jamais le besoin des utilisateurs. Sous VergeOS, vous pouvez par exemple dédier sept nœuds aux machines virtuelles et trois nœuds au stockage virtualisé », décrit George Crumb.

Mieux, VergeOS supporte de mettre dans un même cluster des nœuds aux caractéristiques très différentes, comme des serveurs avec des processeurs de générations différentes, ou encore des serveurs dotés de GPU et d’autres qui en sont dépourvus.

Pour les prestataires de cloud privé, la fonction qui permet de maintenir des lots de ressources virtuelles étanches entre elles, avec leurs propres jeux d’adresses IP, s’appelle VDC (Virtual DataCenter). « Mais cette fonction VDC est bien entendue utilisable par toutes les entreprises. Certaines s’en servent pour avoir un datacenter de production, un autre de test, un autre pour les développeurs. Et, toujours en passant par nos fonctions de snapshots, il est possible de transférer des données de production au datacenter de test ou à celui des développeurs », assure le directeur marketing de l’éditeur.

La carrière de VergeOS en tant que solution de remplacement de vSphere a surtout démarré au début des années 2000, dès les premières craintes suscitées par la séparation de VMware de sa maison mère d’alors, Dell. Et elle est devenue prédominante dans l’activité de VergeIO après le rachat de VMware par Broadcom.

Cela dit, une autre rupture commerciale a récemment accéléré davantage les migrations vers VergeOS : l’abandon par Dell de sa gamme d’infrastructures hyperconvergées VxRail au profit de sa nouvelle offre Dell Private Cloud.

« Le problème des clients de VxRail est qu’ils se retrouvent au bord de la route avec la perspective de devoir racheter toute une flotte de serveurs Dell pour exécuter Private Cloud. Mais vu l’explosion des prix des machines dernièrement, à cause de la pénurie de mémoires et de SSD, ce rachat est d’autant plus discutable que les machines VxRail fonctionnent toujours ».

« Dès lors, nous ne proposons pas de remplacer les déploiements VxRail, nous proposons de les moderniser en installant VergeOS sur les serveurs existants », déclare George Crumb. Selon lui, à caractéristiques égales (capacité, puissance de calcul), l’installation de VergeOS coûterait 70 % moins cher que le passage à Private Cloud.

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