Amendement du partenariat avec Microsoft : OpenAI veut s’assurer un avenir multicloud
OpenAI a obtenu de Microsoft un amendement de son accord de partenariat. L’objectif premier est de concrétiser le partenariat avec Amazon pour lancer la plateforme OpenAI Frontier et, d’ouvrir davantage de portes chez les fournisseurs de cloud.
OpenAI se détache un petit peu plus de l’emprise de Microsoft. Le 27 avril 2026, l’entreprise dirigée par Sam Altman a annoncé la « prochaine phase » de son accord avec la firme de Redmond. Un amendement au contrat qui « simplifie leur partenariat », selon OpenAI. Elles avaient déjà publiquement amendé leur accord en octobre 2025.
En premier lieu, OpenAI obtient la possibilité d’héberger ses produits sur n’importe quel cloud, y compris les API qui étaient jusqu’alors disponibles en exclusivité sur Microsoft Azure. En tant que partenaire cloud principal, Redmond retient toutefois la primeur temporaire des solutions d’OpenAI, « sauf si Microsoft ne peut pas ou choisit de ne pas prendre en charge les capacités nécessaires ».
Concrétiser le partenariat Amazon – OpenAI
OpenAI résout ainsi l’éventuel conflit qui l’aurait opposé, avec AWS, à Microsoft. Pour rappel, la filiale d’Amazon a été désignée comme l’hébergeur de la plateforme agentique OpenAI Frontier. Le groupe a participé à hauteur de 50 milliards de dollars lors de la dernière levée de fonds en date. En retour, OpenAI s’est engagé à commander 100 milliards de dollars de ressources de calcul, et non plus 38 milliards.
« OpenAI a fait une annonce très intéressante », commente Andy Jassy, CEO et président d’Amazon, ancien dirigeant d’AWS. « Nous sommes ravis de pouvoir mettre les modèles d’OpenAI directement à la disposition des clients sur Amazon Bedrock dans les semaines à venir ».
Selon Reuters, Microsoft aurait songé à attaquer OpenAI en justice après cette annonce. OpenAI n’a pas dit si son contrat cloud de 250 milliards de dollars au très long cours avec Microsoft serait révisé à la hausse ou à la baisse.
Cela signifie aussi que la startup pourra proposer ses produits depuis Google Cloud. C’est l’un des fournisseurs cloud listés par OpenAI avec Microsoft, Oracle et CoreWeave.
D’après Bloomberg, la maison mère de Google se préparerait aussi à investir 40 milliards de dollars chez le concurrent Anthropic. En septembre 2025, OpenAI a signé un contrat cloud de 300 millions de dollars avec la firme de Larry Ellison.
Microsoft conserve une certaine emprise et n’aura plus à partager les revenus de ses API
Cela dit, Microsoft conserve sa licence sur la propriété intellectuelle des modèles et produits d’OpenAI jusqu’en 2032. Cet accès n’est toutefois plus exclusif.
En outre, Microsoft demeure un actionnaire majeur. Il continuera de percevoir 20 % des revenus annuels générés par OpenAI jusqu’en 2030, selon Bloomberg. En contrepartie, OpenAI ne recevra plus de commission sur les ventes de ses produits effectuées via les canaux de distribution Microsoft.
« Le plafonnement du partage des revenus pourrait nuire à OpenAI à long terme, et permet à Microsoft de ne pas payer OpenAI au-dessus de sa valeur après tous les investissements qu’il a réalisés. »
Holger MuellerAnalyste, Constellation Research
La date est désormais fixe. Auparavant, la fin de cette rente était conditionnée par le lancement d’un modèle d’intelligence artificielle générale par OpenAI. La licorne espérait atteindre cet objectif d’ici à 2032. Ce n’est plus le cas. OpenAI a également obtenu que ce partage de revenu soit limité par un plafond total. Un plafond qui n’a pas été dévoilé.
« Le plafonnement du partage des revenus pourrait nuire à OpenAI à long terme, et permet à Microsoft de ne pas payer OpenAI au-dessus de sa valeur après tous les investissements qu’il a réalisés », comprend Holger Mueller, analyste chez Constellation Research. « Pour OpenAI, cet accord révisé laisse également entrevoir une perte potentielle du soutien de Microsoft et une plus grande exposition au marché des entreprises – un domaine dans lequel Microsoft occupe une position unique ».
Il y a trois semaines, LangChain observait chez ses clients la croissance du trafic des modèles OpenAI sur Azure. Il aurait quadruplé en trois mois, soit 29 % du volume d’API supervisé par la startup. Un signe de maturité, selon la société. Datadog remarque une plus grande diversité de LLM utilisés par 1000 grands clients, mais les appels API vers ceux d’OpenAI – hébergés par Microsoft Azure donc – conservent une part majoritaire de 63 % en mars 2026.
Le multicloud un double levier pour OpenAI
Dans un même temps, d’après CNBC – qui a eu accès à un mémo interne d’OpenAI – la startup perçoit son partenariat avec Microsoft comme fondateur, mais limitant. Il freinait surtout l’accord avec Amazon/AWS.
« C’est une bonne nouvelle. […] En fin de compte, cela offre davantage de flexibilité à nos clients », affirme Tilman Resch, membre des équipes Go to Market chez OpenAI en Allemagne, sur LinkedIn.
« Toutes les entreprises avec lesquelles je m’entretiens souhaitent la même chose : pouvoir changer de fournisseur de modèles sans avoir à repenser l’architecture de l’ensemble de leur infrastructure. »
Peng GengDirecteur Global Service Processes, Lenovo
Que ce soit chez les entreprises comme chez les fournisseurs, l’approche multicloud serait la clé pour les déploiements de l’IA agentique à l’échelle.
« Toutes les entreprises avec lesquelles je m’entretiens souhaitent la même chose : pouvoir changer de fournisseur de modèles sans avoir à repenser l’architecture de l’ensemble de leur infrastructure », affirme Peng Geng, directeur Global Service Processes chez Lenovo.
Individuellement, les hyperscalers n’ont de toute façon pas les ressources de calcul suffisantes pour répondre à la demande si elle venait à se généraliser. Tous cherchent à s’équiper chez Nvidia et à déployer leurs propres puces. Les dépenses en capital représenteront plusieurs centaines de milliards de dollars cette année.
Selon le Wall Street Journal, Sarah Friar, directrice administrative et financière d’OpenAI, aurait exprimé des inquiétudes quant à l’incapacité de la société de payer ses futurs contrats cloud, si ses revenus ne croissent pas assez rapidement. Ce point a rapidement été réfuté par Sam Altman et Sarah Friar auprès de Reuters, mais l’information a impacté Oracle et CoreWeave en bourse. Ces derniers mois, les deux dirigeants n’ont cessé de répéter l’importance de l’accès aux capacités de calcul pour la croissance de leur activité. Les fournisseurs de cloud font la même observation.
OpenAI souffrirait plus particulièrement de la compétition exercée par Anthropic dans le domaine du développement logiciel. De manière générale, OpenAI perdrait du terrain auprès des entreprises. De même, elle rencontrerait des difficultés à recruter les 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels pour atteindre le fameux milliard d’utilisateurs de ChatGPT. Un palier symbolique.
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