Le recul de ses activités traditionnelles continue d'affecter les résultats de Cisco

Lors de son dernier trimestre fiscal, Cisco a vu ses activités traditionnelles dans la commutation, le routage et les serveurs continuer à reculer. Les bons résultats des activités collaboration, sécurité et Wi-Fi ne suffisent pas à compenser ce recul.

Cisco a bouclé son second trimestre fiscal 2017 (clos le 28 janvier 2017) avec un chiffre d’affaires de 11,6 milliards de dollars, en recul de 3 % sur un an et un bénéfice net de 2,35 Md$, en forte baisse de 25 %. A périmètre constant (Cisco a cédé son activité décodeurs TV pour les opérateurs dans le courant du trimestre), le recul du CA est limité à 2 %.

Comme lors du trimestre antérieur, les activités traditionnelles du constructeur continuent de souffrir. La division commutation Ethernet a ainsi vu ses ventes reculer de 5 % sur un an, à 3,3 Md$, tandis que les ventes de routeurs plongeaient de 10 %, à 1,8 Md$ . L’activité Datacenter, autour des serveurs UCS, n’est pas en reste avec une baisse de 4 % de ses ventes à 790 M$. 

Au rang des bonnes nouvelles, l’activité collaboration (qui inclut WebEx, Jabber, Spark, mais aussi les équipements de ToIP et de visioconférence – Telepresence en langage Cisco) voit ses revenus progresser 4 % (à 1,06 Md$), tandis que le business Wi-Fi croit de 3 % (à 632 M$). Et c’est encore une fois la sécurité qui connaît la plus forte progression avec un bond de 14 % du CA sur un an, à 538 M$.

Le problème est que les affaires de Cisco pourraient ne pas s’arranger de sitôt sur ses marchés clés.

Cisco, confronté à des vents contraires sur ses grands marchés historiques

Sur le marché de la commutation de datacenter, les grands du cloud représentent une part croissante de la dépense en commutateurs et la migration vers le cloud public se traduit par un ralentissement des investissements dans les datacenters des entreprises. Or, Cisco a tardé à s’adapter à la demande des géants du cloud et a été pris de vitesse sur ce marché par des acteurs comme Arista et comme les fournisseurs en marque blanche. La firme doit aussi faire face à la montée en puissance de Huawei et à l’émergence des architectures de commutation ouvertes promues par les acteurs du cloud.

Pire, les modèles de réseau mis en œuvre par les acteurs du cloud sont en train de déteindre sur les architectures des grandes entreprises (ce qui est l’une des raisons pour lesquelles HPE a choisi de s’allier avec Arista sur le marché des datacenters de grands comptes). Les parts de marché de Cisco devraient donc continuer à s’éroder sur ce marché.

Sur le routage, le recul de Cisco n’est pas forcément symptomatique de l’industrie. Juniper Networks, par exemple a vu son activité routage progresser de 1 % sur un an au dernier trimestre 2016, tandis que celle de Huawei progressait à un rythme soutenu (le Chinois a vu ses ventes de routeurs bondir de 24 % au 3e trimestre 2016 et approche désormais les 17 à 18 % de parts de marché mondial). Outre le dynamisme de ses concurrents, l’un des principaux problèmes pour Cisco est le ralentissement des investissements des opérateurs télécoms, dont les déploiements 4G sont en train d’arriver à maturité et qui n’en sont qu’aux premières étapes de test de leurs futures infrastructures 4,5G et 5G. Chez les opérateurs, les dépenses dans les routeurs de cœur de réseau devraient donc se tasser dans les 2 prochaines années, en attendant la prochaine vague d’investissement dans la 5G. Sur les routeurs de bordure, le marché pourrait en revanche être plus dynamique, notamment du fait du remplacement progressif des connexions DSL par des liaisons à très haut débit dans le monde.

 Des partenariats fragilisés avec EMC et NetApp

Sur le marché des serveurs, l’alliance historique avec EMC autour des Vblock représenterait plus du quart des ventes de serveurs UCS et l’alliance avec Netapp autour les FlexPod, générerait près de 15 %. Problème, EMC ne fait pas mystère qu’il considère ses architectures convergées Vblock comme des solutions « legacy ». La firme va continuer à les proposer à ses clients, mais elle priorise désormais ses infrastructures VxRack et VxRail à base de serveurs Dell ainsi que ses ventes de systèmes hyperconvergés Nutanix. Dans la pratique, cela veut dire que les revenus dérivés par Cisco des ventes de Vblock devraient reculer dans le temps.

De même, NetApp ne fait pas mystère de son intention de développer sa propre offre hyperconvergée sur base SolidFire. Aujourd’hui, les baies SolidFire sont basées sur des serveurs Dell et on voit mal une offre hyperconvergée SolidFire se construire sur base Cisco. Là encore, les perspectives de croissance des ventes sont limitées. Certes Cisco peut espérer une croissance des ventes de systèmes convergés avec IBM (versaStack), Pure Storage (FlashStack) ou Nimble (SmartStack), mais il est plus que probable que ces partenariats ne compenseront pas le recul prévisible des ventes réalisées avec EMC et NetApp. Enfin, si le marché de l'hyperconvergence progresse, le constructeur est pour l’instant loin de connaître le succès d’un Nutanix ou d’un Simplivity (aujourd’hui chez HPE) avec sa pile hyperconvergée HyperFlex

Tout n’est cependant pas noir pour Cisco. La firme peut compter sur la croissance régulière de son activité sécurité et sur les revenus récurrents générés par ses services cloud et ses logiciels. Malgré la mauvaise passe actuelle de ses activités historiques, Cisco reste aussi le leader mondial incontesté du marché de la commutation et du routage. Son activité serveurs est actuellement vulnérable, mais elle pourrait rapidement être dopée par des acquisitions, dans le stockage ou l’hyperconvergence, par exemple (Cisco dispose d’un confortable matelas de 71 Md$ de trésorerie). Il suffirait accessoirement que le dollar perde un peu de sa superbe (l’un des objectifs de l’administration Trump), pour que les résultats de la firme se retrouvent instantanément dopés par des taux de changes plus favorables…

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