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BlackBerry : le salut venu par le recentrage sur quelques niches

Le Canadien semble avoir fini sa douloureuse traversée du désert. Sa bonne santé retrouvée s’explique par plusieurs choix radicaux, et pas seulement le renoncement au matériel.

BlackBerry a repris des couleurs, et il veut que cela se sache. Florian Bienvenu, vice-président sénior du Canadien en charge de la région EMEA, ne ménage d’ailleurs pas ses efforts pour porter le message sur le Vieux Continent. Et les chiffres sont là pour en témoigner : BlackBerry vient d’annoncer 238 M$ de chiffre d’affaires pour le trimestre clos le 31 août, assorti d’un bénéfice net de 19 M$. Les activités logiciels et services se portent à merveille avec 34 % de croissance sur un an.

Le chemin parcouru est conséquent, pour un éditeur qui, il y a presque trois ans, revendiquait son premier bénéfice depuis sept trimestres… Pour en arriver là, BlackBerry a renoncé à la production de terminaux mobiles, pour se concentrer sur le logiciel et les services, la clé de son rebond. Mais aussi et surtout sur des niches spécifiques, ainsi que les cas d’usage correspondants.

Très présent là où la sécurité doit être maximale

Ainsi, BlackBerry se targue d’avoir obtenu, pour la seconde année consécutive, les « scores les plus élevés dans chacun des six cas d’usage du rapport du cabinet Gartner sur la gestion de la mobilité de haute sécurité » : besoins des gouvernements [accessoirement, on relève que Samsung arrive en seconde position, MobileIron en quatrième et Atos… en sixième place, loin devant Thales, près de fermer la marche en avant-dernière position], besoins de haute sécurité pour le secteur privé, pour le partage de données, pour les terminaux partagés, pour les personnes externes à l’organisation, et enfin pour les scénarios de type Bring Your Own. Florian Bienvenu souligne au passage l’absence de « numéro 2 clairement identifié » dans ce rapport. De fait, BlackBerry apparaît là largement dominer.

Et ce n’est pas une surprise. Loin de se reposer sur ses acquis historiques, le Canadien a fourni des efforts continus pour garder ses positions dans le domaine de la haute sécurité en mobilité. Et l’on peut notamment penser au rachat de l’allemand Secusmart en 2014. Dans cette perspective, les rachats de Good Technology et de WatchDox n’ont pas été anodins. En 2016, Gartner estimait ainsi que ces deux opérations mettaient BlackBerry en bonne place pour « prendre un rôle leader dans la gestion des contenus mobiles et du confinement ». En outre, le cabinet soulignait les qualités de l’offre de Good « pour les organisations avec des besoins de sécurité stricts ».

… mais en déclin sur l’EMM générique

Mais la situation n’est pas aussi flatteuse sur le marché global de la gestion de la mobilité d’entreprise (EMM). Là, selon un autre rapport de Gartner, BlackBerry n’arrive en tête que pour deux cas d’usage : ceux des secteurs réglementés, et des terminaux non contrôlés. Pour le reste, VMware arrive en tête, avec AirWatch, sauf pour le cas des terminaux spécialisés, où il fait quasiment jeu égal avec Soti.

Mais là encore, ce n’est guère une surprise. BlackBerry n’a pris par exemple le tournant de la gestion unifiée des terminaux (UEM) que fin 2016, pas véritablement en retard, mais clairement à la suite d’autres tels que Citrix, MobileIron, ou encore VMware. Et cette orientation du marché était déjà évoquée il y a bientôt trois ans.

Mais à écouter Florian Bienvenu, il semble que BlackBerry ne s’intéresse en fait guère à l’administration des terminaux mobiles dans ce qu’elle peut avoir de générique : « la gestion de terminaux est devenue une commodité ; tout le monde a les mêmes APIs ». Pas question donc de chercher à lutter frontalement avec des concurrents confortablement installés sur les cas d’usage les plus courants de la mobilité d’entreprise.

Pour Florian Bienvenu, le Canadien se concentre aujourd’hui « sur une solution qui permet – quel que soit le mode d’appropriation, quel que soit l’objet connecté (terminal, desktop, voiture, montre, appareil médical), quel que soit l’OS, dans le cloud ou on-premise, d’amener le même niveau de sécurité et de permettre de pousser des applications très rapidement aux lignes de métiers pour les entreprises ou aux agents des administrations publiques, pour qu’ils soient plus efficaces au quotidien. […] on se concentre sur ‘l’enterprise of things’ ».

Tout pour les objets connectés

L’approche n’est pas nouvelle. C’est début 2015 que BlackBerry s’est engagé ouvertement dans cette voie, réaffirmant ses ambitions quelques mois plus tard. Le Canadien mise notamment là sur son Unix dédié à l’embarqué, QNX : de quoi proposer au marché une plateforme de bout en bout, même si pour l’instant, cela semble surtout concerner le monde de l’automobile, avec entre autres Ford et Jaguar, ou encore les véhicules autonomes, et la logistique. D’ailleurs, selon Gartner, BlackBerry a « apporté au marché l’une des offres les plus crédibles dans le domaine de l’objets connectés administrables par EMM avec son produit Radar ». Le cabinet la décrit comme une solution de niche, certes, mais une base importante pour un espace où « la plupart des autres fournisseurs n’ont que des ambitions ».

Alors, Florian Bienvenu insiste sur le particularisme de BlackBerry : « nous sommes vraiment concentrés sur la productivité et la sécurité ». Et c’est d’ailleurs sans compter avec l’offre AtHoc du Canadien, dédiée à la sûreté civile. Avec oui, BlackBerry a progressivement recentré son offre sur « des cas d’usage différents » de ceux adressés par les offres des spécialistes de l’EMM/UEM. Ce qui ne l’empêche pas de rester classé parmi les leaders du domaine, bien que derrière VMware, MobileIron et IBM. Mais ce n’est donc pas là que le Canadien cherche la croissance qu’il a l’ambition de continuer d’afficher. 

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