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Le plan IA d’Icade pour se préparer au futur de la gestion immobilière

Filiale de la Caisse des Dépôts, Icade veut devenir un pionnier de l’intelligence artificielle dans l’immobilier. Sa feuille de route couvre acculturation, cas d’usage métier et veille prospective pour préparer l’avenir de l’immobilier.

Icade, la foncière immobilière de la Caisse des Dépôts, s’est lancée dans une réorganisation structurelle pour repositionner la fonction IT en partenaire des métiers.

Pour piloter la transformation, un poste de Chief Digital & Information Officer a été créé, rattaché directement au directeur général et membre du COMEX. Auparavant, la DSI était « rattachée à la direction financière », rappelle Alexis de Nervaux nommé en juillet 2023 pour occuper cette nouvelle fonction.

Premier pilier : démocratiser l’IA et maîtriser le Shadow IT

Dès son arrivée, le CDIO lance un plan stratégique avec pour ambition, validée par le COMEX en janvier 2025 de « devenir pionnier de l’Intelligence artificielle dans le secteur de l’immobilier ».

Le premier « fondamental pour avancer sur l’IA » immédiatement identifié a été la Data. Cette prise de conscience a abouti à la création d’un « nouveau pôle Data IA » et au recrutement en avril 2025 d’un Chief Data & IA Officer.

Sur ces fondations, une feuille de route a été définie autour de trois piliers complémentaires.

Le premier est un outil bureautique déployé pour l’ensemble des 1000 collaborateurs pour démocratiser l’IA au sein de l’entreprise. Cette approche visait à « acculturer les salariés » à ces nouvelles technologies et à « limiter le shadow IT en matière d’IA » (ou « shadow AI »).

Le choix s’est porté sur Delos, une plateforme « française hébergée en France » et « multi-LLM ». Cette approche évite d’être « cornerisé avec un LLM ». Alexis de Nervaux y voit surtout un moyen de garantir une expérience utilisateur stable et transparente.

Si l’un des modèles sous-jacents venait à disparaître ou à devoir être écarté pour des raisons de coûts ou de performance, l’interface utilisateur resterait inchangée. Pour des raisons de « souveraineté », l’usage du modèle Mistral est préconisé – mais pas imposé.

Ce choix du Buy, plutôt que du Make, découle de la philosophie « Cloud first, SaaS first » préconisée par Alexis de Nervaux. Pour lui, développer un outil maison aurait été un « non-sens » pour une entreprise de la taille d’Icade. Développer un Secure GPT reviendrait à « essayer de concurrencer des pure-players avec trois développeurs et deux stagiaires », schématise-t-il.

Déployée en septembre 2025, la solution Delos aurait connu une adoption rapide. En décembre, 900 personnes se seraient connectées au moins une fois à l’outil et 300 sont devenues des utilisatrices très régulières.

Deuxième pilier : l’IA métier en mode partenariat

Le deuxième pilier, baptisé « IA for business », est le cœur de la stratégie de création de valeur de la foncière immobilière. Là encore, la DSI se positionne en « business partner des directions métiers ».

Alexis de Nervaux a constitué un réseau de Business Relationship Managers (BRM). Ces profils, souvent issus des métiers, sont la « courroie de transmission entre la DSI et les directions métiers ».

La mission des BRM est de « capter et centraliser tous les cas d’usage ». Ils sont les référents ou les ambassadeurs des directions métiers. On retrouve de plus en plus ces profils dans d’autres organisations, comme Carrefour ou comme Decathlon, avec des intitulés différents. Plusieurs projets, à différents stades de maturité, fonctionnent avec cette approche collaborative.

Lokimo et Bulk

En production, Icade s’est doté d’un chatbot RH motorisé à l’IA générative qui répond aux questions des collaborateurs en effectuant une « recherche augmentée » dans l’intranet. Ce type de cas d’usage se multiplient. Deux solutions – Lokimo et Bulk – sont le fruit d’une collaboration avec le start-up studio d’Icade, Urban Odyssey.

Avec Lokimo, la foncière veut « faciliter la recherche de foncier ». Quant à Bulk, il s’agit d’une plateforme d’« optimisation d’achat » pour la promotion immobilière. Son déploiement suit une approche itérative : après un PoC réussi dans une agence, la solution a été mise en phase de pilote sur la région Île-de-France.

L’autre projet vise à valoriser les « millions de documents » stockés dans la GED. L’IA doit extraire rapidement les informations pertinentes et monter des dossiers d’actifs complets.

Troisième pilier : préparer l’avenir par la veille et l’expérimentation

En parallèle de ces déploiements, Icade prépare l’avenir avec un troisième pilier tourné vers l’innovation pour tester des technologies encore peu matures (et « se forger une conviction ») et mener une veille active sur les solutions émergentes.

La foncière veut « regarder ce qui se fait à l’échelle mondiale », en particulier aux États-Unis pour identifier des solutions IA spécifiques au secteur de l’immobilier qui pourraient être adoptées sans « réinventer la roue ».

Pour tester les technologies, Icade s’appuie sur des « PoC assez spécifiques » qui évaluent le potentiel de chacune. Un exemple concret est le projet interne à la DSI sur l’IA agentique pour automatiser le traitement des tickets de support informatique de premier niveau (oublis de mot de passe, par exemple).

Des formations à usage immédiat

Alexis de Nervaux n’oublie pas l’humain. Il est indispensable de se doter d’une organisation adaptée et d’internaliser des compétences.

Icade a procédé à des recrutements, dont un Chief Data & IA Officer et un CTO. Les équipes se renforcent avec des profils de « développeurs, notamment en Python » et de « data engineers ».

Pour ces derniers, le CDIO le reconnaît, la tâche est ardue. Les data engineers sont « hyper recherchés ». Toutes les organisations, fournisseurs ou utilisatrices, sont en concurrence.

L’acculturation est portée par un programme mené avec Mister IA. Les formations seraient « très pragmatiques » et « adaptées à chaque direction métier » du quotidien. Les participants repartent avec des « prompts qu’ils peuvent utiliser dès le lendemain ».

Sur la mesure du retour sur investissement (ROI), Icade est nuancée. Inspiré par Gartner, Alexis de Nervaux souligne que la vraie question n’est pas le temps gagné, mais « ce qu’on fait de ce temps ».

Chez Icade, le temps libéré par les outils d’IA serait réinvesti dans le lien social, des tâches à plus forte valeur ajoutée ou un meilleur équilibre vie pro/perso.

Accélérer la livraison et moderniser le socle technique

Icade se tourne désormais vers les grands chantiers qui doivent pérenniser sa transformation. Pour 2026, la foncière veut « accélérer sur les livrables » des projets visibles pour les métiers, mais aussi pour la modernisation du socle technique.

Plusieurs chantiers structurants sont au programme, dont la mise en place d’une « plateforme Data IA » propre à Icade.

Très vraisemblablement hébergée dans le cloud, sa livraison est prévue pour l’été 2026. Un projet majeur de « Move to Cloud » plus global est d’ailleurs prévu.

La direction IT mènera également des chantiers continus en matière de cybersécurité et de réduction du « legacy technique ».

Pour accélérer ces projets multiples en parallèle, Alexis de Nervaux mise sur une combinaison qui allie « méthodologie, process [et] montée en compétence » des équipes, le tout avec un renforcement de la collaboration interne.

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