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Le CIGREF cherche des alternatives à G Suite et Office 365

L’association des DSI des grands groupes français continue à étudier des alternatives aux offres « hégémoniques du marché » plus pour les compléter que pour les remplacer. Avec cette année, un point particulier sur les suites collaboratives.

Chaque année désormais, les DSI des grandes organisations françaises – regroupés au sein du CIGREF – font le bilan commun de leurs relations avec les principaux fournisseurs IT. Chaque fournisseur (SAP, Microsoft, Oracle, Salesforce, IBM, Google, AWS) a droit à son comité dont les conclusions, souvent sévères, sont publiées dans un rapport sorti aujourd’hui.

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À ces comités, s’ajoute un groupe de travail plus transverse, dont le but est de trouver des alternatives crédibles et robustes aux produits des géants de l’IT.

En 2018, le CIGREF avait commencé à se pencher sur les solutions open source pour se doter d’un levier indépendant dans ses négociations avec ces fournisseurs. En 2019, il avait poursuivi la démarche en lançant des discussions « sur les alternatives à plusieurs fournisseurs hégémoniques sur leur marché ». L’association ciblait alors prioritairement Java (Oracle), Adobe et, déjà, Microsoft Office.

De plus en plus d’intérêts pour les alternatives à Office

Office justement. La suite de Microsoft s’est massivement « cloudifiée » (gérée et hébergée par Microsoft, paiement par abonnement, données sur Azure, etc.). Et actualité oblige avec le travail à distance, elle est arrivée au cœur des préoccupations des DSI.

La cuvée 2020 du groupe du CIGREF sur les alternatives a donc concentré ses efforts sur les outils de collaboration – Office 365, mais aussi G Suite.

« Aujourd’hui, le marché des solutions […] se partage en trois parts à peu près équivalentes entre Google Cloud avec G Suite, Microsoft avec Office 365, et une multitude de solutions dont certaines open-source », constate le groupe d’études.

« Toute négligence contractuelle est une opportunité pour les fournisseurs d’augmenter leur chiffre d’affaires, sans apport de valeur pour nos entreprises. »
CIGREF

Le problème des deux premières, note le CIGREF, est l’absence de standard entre leurs briques et des migrations difficiles. On devine en creux la crainte liée au fait d’être « client captif » à un moment où ces outils deviennent critiques. « L’accès à des solutions open source [collaborative] est une demande récurrente des entreprises, qui affichent la volonté de prendre en compte ce virage technologique », confirme clairement le CIGREF.

Au-delà de cette volonté de ne pas être dépendant d’un éditeur, le CIGREF justifie le besoin d’alternatives par la volonté des fournisseurs de toujours facturer plus de cloud, même quand le client n’en a pas forcément besoin.

« La négociation contractuelle et les discussions sur le licensing prennent le pas sur les discussions de fond, sur nos projets de transformation digitale et d’innovation métiers. Et ce, car toute négligence contractuelle est une opportunité pour les fournisseurs d’augmenter leur chiffre d’affaires, sans apport de valeur pour nos entreprises » tacle le CIGREF, en parlant des fournisseurs en général.

Microsoft : un ami qui vous veut (presque) du bien

En ce qui concerne Microsoft en particulier, l’association des DSI reconnaît tout de même que le plus gros éditeur du monde a su être un partenaire dans la tempête. « La Covid-19 et le confinement ont […] rebattu – temporairement du moins – le relationnel client [avec Microsoft]. En effet, bon nombre des membres du Cigref ont souligné et remercié la réactivité et la résilience des solutions et des équipes de Microsoft, ainsi que les efforts de ses équipes commerciales pour adapter les projets et les échéanciers de paiement », concède l’association.

Mais tout n’est pas rose pour autant. Le « temporairement » de la citation a toute son importance. « Pour autant, les politiques commerciales de Microsoft tendent à pousser les utilisateurs à évoluer dans les versions logicielles ou à consommer davantage », accuse le CIGREF. « Et la constante évolution de son licensing reste une source de surcoûts, d’incertitudes budgétaires et donc de grandes irritations ».

Dans le même temps, le CIGREF regrette également « les interventions (jugées trop marketing) de Microsoft » et les nombreux « pièges » de son licensing.

Google : « Effet Kurian », mais tensions grandissantes

Et Google, l’autre « grand » du secteur avec G Suite ? Là encore, le ton du CIGREF n’est pas des plus conciliants. Même si l’on sent une certaine indulgence, liée à « un effet Thomas Kurian », le nouveau PDG de Google Cloud et l’une des anciennes têtes pensantes d’Oracle.

« La saison 2019-2020 a été riche en réunions avec Google Cloud […] L’expertise et la transparence du fournisseur sont unanimement saluées. Le Cigref a accueilli par deux fois Thomas Kurian. Cet accès du Cigref à ses dirigeants du plus haut niveau est une démonstration de l’investissement de Google à la fois auprès des clients professionnels et du marché français ».

Mais Kurian ou pas Kurian, le CIGREF a des griefs.

L’association relève tout d’abord « des tensions grandissantes ». « Les négociations se durcissent à mesure que Google gagne en part de marché et conforte son empreinte dans les entreprises », analyse l’association des DSI. Le CIGREF regrette ensuite « la frustration des “early adopters” qui subissent un décalage entre la période “lune de miel” du premier contrat (pilotes, co-construction, co-promotion) et les renouvellements contractuels suivants ».

Et sur G Suite en particulier, le CIGREF constate un « sentiment de perte d’attractivité (et de levier de négociation) des clients “G Suite only” ».

« Le piège du SaaS se referme »

Dans les deux cas, les recherches d’alternatives arrivent sur fond de critique plus globale du SaaS, avec une prise de conscience cruelle : le cloud n’est pas moins cher, ni plus simple que le « sur site ».

« Il y a un dévoiement du SaaS, avec une inflation tarifaire, des bundles (il est impossible d’acheter un seul outil) […] et un durcissement de la relation commerciale avec des commerciaux uniquement intéressés sur le cloud », liste Bernard Duverneuil, Président du Cigref et DSI d’Elior, en conférence de presse.

« Il y a un dévoiement du SaaS, avec une inflation tarifaire, des bundles et des commerciaux uniquement intéressés sur le cloud. »
Bernard DuverneuilCIGREF et Elior

« Même sur le modèle du paiement à l’usage [du cloud], la recherche de croissance de revenu des fournisseurs demeure », insiste l’association dans son rapport. « Les clients le perçoivent à leurs dépens lors des renouvellements : le niveau des remises se réduit alors que les volumes d’achats dans le cloud tendent à croître ».

« On en revient aux vieilles pratiques », renchérit Bernard Duverneuil.

Le monde d’avant serait donc toujours là. Mais avec un supplément : « des feuilles de route trop contraignantes qui détournent les entreprises des vrais projets de transformation numérique ».

Bref, le « piège du SaaS se referme », résume Philippe Rouaud, Président du Club Relations fournisseurs et DSI de France Télévision dans une formule-choc.

Bientôt un « livrable » sur les alternatives

Que propose le groupe de travail – piloté par Stéphane Rousseau, DSI d’Eiffage et co-président du CIGREF – pour s’émanciper des SaaS de G Suite et d’Office 365 ?

Pour l’instant, rien d’officiel. Stéphane Rousseau et son équipe analysent encore en profondeur les différentes possibilités pour « déterminer les critères d’adoption de ces offres (fiabilité, sécurité, conformité, interopérabilité, etc.) ».

« Il ne s'agit pas de faire un référentiel des alternatives, mais d'étudier les possibilités de co-habitation entre des offres propriétaires et open source (ou non propriétaire) », ajoute un porte-parole de l'association.

En attendant la publication du « livrable » prévue pour novembre, le CIGREF insiste déjà sur les conditions de mise en œuvre de ces alternatives qu’il pourrait bientôt recommander. Pas question, prévient-il, de faire l’impasse sur l’accompagnement au changement ni sur les aspects culturels ou organisationnels. Sans quoi, le retour à Office ou G Suite (ou aux deux), avec lesquels les salariés sont familiers, est presque couru d’avance.

Une fois le document publié, restera tout de même à voir si les entreprises françaises oseront réellement faire le grand saut, tester, puis signer des budgets pour déployer à grande échelle des suites non Microsoft et non Google, même en simple complément. Ou si ce document restera un moyen de pression pour calmer les ardeurs commerciales des deux éditeurs lors de prochaines négociations.

Office 365 – G Suite : les alternatives se multiplient

Depuis plusieurs semaines, les alternatives « souveraines » à Office 365 se multiplient.

En France, le spécialiste du Réseau Social d’Entreprise Talkspirit a lancé une suite bureautique sur OVH. Un autre éditeur du RSE, Jamespot, s’est lui aussi positionné sur ce créneau.

Le spécialiste de l’open source Linagora a modernisé son offre avec OpenPaas (qui est en fait une offre d'outils collaboratifs SaaS). Venu lui aussi de l'open source, côté GED cette fois, GoFast a évolué vers le collaboratif et le « Digital Workplace ».

L’hébergeur IKOULA a début juillet sorti une offre qui s’appuie sur Zimbra.

L’Allemand NextCloud (plus axé messagerie et stockage de documents) a fait des efforts pour s’intégrer plus simplement avec OnlyOffice. NextCloud est par ailleurs un des premiers noms à avoir intégré la marketplace SaaS d’OVH, lancée cette année.

OnlyOffice, justement, a débarqué la semaine dernière sur cette place de marché.

Enfin, dans la bureautique pure, LibreOffice propose une version cloud, mais à héberger soi-même.

Bref, les offres existent. Savoir si toutes sont taillées pour supporter plusieurs milliers d’utilisateurs – comme en ont besoin les membres du CIGREF – est une autre question.

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