Stockage : IXsystem met encore plus de datacenter dans ses NAS d’appoint

Le fabricant de petits NAS Open source voit très grand : ses nouveaux modèles offrent jusqu’à 8 ports en 100 Gbit/s et deviennent même des infrastructures hyperconvergées pour l’Edge.

La puissance des plus grands datacenters au service d’entreprises, ou de filiales, dix fois plus petites. Le fabricant de NAS peu chers IXsystems revient en 2021 avec une offre survitaminée en cache et en connectique réseau, pour persuader les entreprises qu’elles ont tout intérêt à conserver leurs systèmes de stockage sur site, plutôt que de céder à la tentation de faire héberger leurs données en cloud.

Suite de l'article ci-dessous

Au programme, on trouve un système optimisé pour les hautes performances et le travail à distance, jusqu’à 8 ports Ethernet 100 Gbit/s pour supporter la connexion simultanée de plus d’un millier de machines au NAS, et même une nouvelle capacité d’élasticité qui flirte avec les infrastructures hyperconvergées.

« En ces périodes de télétravail et d’incertitude économique, le cloud public paraît très attractif. Mais au-delà des effets d’annonce des hébergeurs, le coût par téraoctet dans le temps, revient plus cher avec un service en ligne qu’avec une baie de disques sur site. Le problème des entreprises est le coût d’achat des machines et la dette technique qu’elle leur impose. Mais nous avons une solution : des baies NAS entièrement Open source », argumente Brett Davis, le directeur des ventes d’IXsystems. Le MagIT a pu le rencontrer lors d’un récent IT Press Tour, un événement qui consiste à présenter à la presse les pépites technologiques en matière de stockage.

Miser sur l’Open source

« Nos baies de disques coûtent deux fois moins cher à l’achat que celles de nos concurrents. »
Brett DavisDirecteur des ventes, IXsystems

La particularité du fabricant est en effet de proposer des produits qui ne fonctionnent que sur des composants libres, en l’occurrence le système d’exploitation BSD et le système de fichiers OpenZFS. Ce dernier était jadis le fleuron des technologies commerciales de stockage lorsqu’il était vendu par Sun Microsystems. « Nos baies de disques coûtent deux fois moins cher à l’achat que celles de nos concurrents. Notre système étant ouvert, il a conquis plus de 250 000 utilisateurs, qui ont entraîné plus de 200 intégrateurs internationaux, lesquels nous rapportent plus de 1 000 nouveaux clients par an. »

IXsystems a baptisé son packaging de composants Open source TrueNAS ; c’est également le nom de tous ses produits. « Jusque l’année dernière, TrueNAS correspondait uniquement à nos produits commerciaux. Nous proposons également une version gratuite de notre système, que vous pouvez installer sur n’importe quel serveur x86 richement pourvu en disques pour le transformer en baie de stockage. Cette version gratuite s’appelait FreeNAS. Nous l’avons rebaptisée TrueNAS Core, car le terme de Free pouvait être contre-productif pour entrer dans certaines entreprises, même par la petite porte », dit le directeur qui assure que toutes les institutions publiques ou de recherche ont toutes déployé un stockage TrueNAS quelque part.

Pour l’anecdote, TrueNAS Core signifierait Community supported, Open source, Rapid developpement, Early availability.

En ce début d’année 2021, TrueNAS arrive dans une nouvelle version 12 qui apporte aux PME et aux succursales trois fonctions qu’on ne trouve en général que dans les baies de disques pour datacenter. Il s’agit du chiffrement au niveau du système de fichiers lui-même, d’un système d’accès à distance par double authentification (l’API du service en ligne Google Authenticator est utilisée), et d’une gestion plus optimisée des disques en RAID qui permet de mélanger dans la même grappe logique des SSD et des disques durs traditionnels. Sur la baie TrueNAS M50, qui figurait le modèle le plus haut de gamme jusqu’en 2020, cette nouvelle optimisation du RAID permettrait d’atteindre un débit global de 11,7 Go/s, contre 9,9 Go/s sur la version précédente du système TrueNAS.

TrueNAS 12 se veut un système d’appoint malin. Il sait répliquer ses contenus vers des infrastructures en mode objet tierces pour conserver une copie des données à peu de frais en cas de cyberattaque. Il supporte de fonctionner en mode redondant, avec deux nœuds TrueNAS qui fonctionnent en mode actif-actif ; cette possibilité n’est toutefois pas disponible dans la version gratuite du système. Et puis, au-delà des fonctions de stockage, il intègre aussi lui-même un serveur VPN pour accepter les connexions distantes des télétravailleurs ou depuis les autres sites d’une même entreprise. Sans surprise, le moteur ici utilisé est le logiciel Open source OpenVPN.

Désormais 8 ports 100 Gbit/s pour atteindre 23 Go/s

Mais au-delà du logiciel, l’activité d’IXsystems est surtout de vendre des matériels préconfigurés. Dans ce domaine, son catalogue s’étoffe cette année avec des modèles bien plus puissants que les précédents.

En haut de gamme, le nouveau TrueNAS M60 tire parti de la nouvelle fonction d’optimisation RAID en conjuguant ses disques avec 4 barrettes de mémoire NVRAM de 32 Go chacune. Cette combinaison contribue à faire grimper le débit global de la machine à 23 Go/s en NFS ou SMB. À ce stade, LeMagIT n’a pas pu obtenir la confirmation que ces barrettes étaient des Optane PMEM d’Intel.

Comme les précédents M50 et M40, le M60 se présente sous la forme d’une machine rack de 4U qui comprend deux contrôleurs. Avec un total de 64 cœurs Xeon et 1,5 To de RAM, ils apporteraient une puissance brute 30 % supérieure à celle du M50. La grande différence du M60 par rapport à ses prédécesseurs tient surtout dans sa connectique : on y trouve à 8 ports Ethernet à 100 Gbit/s, censés supporter les accès simultanés de plus de 1 000 machines et la connexion avec 10 000 machines à tour de rôle.

Le M60 accueille 24 unités de stockage, en l’occurrence des disques durs de 18 To ou des SSD de 7,6 To. Cette capacité peut être étendue via 12 tiroirs de disques externes, également connectés aux ports Ethernet, mais via un protocole iSCSI. Il existe deux modèles : le tiroir 4 U TrueNAS ES102 qui contient jusqu’à 102 disques durs et le tiroir 2 U TrueNAS ES24F qui contient 24 SSD. Au maximum, un M60 avec tous ses tiroirs de disques, offre 20 Po quand il n’a que des disques durs et 4 Po quand il n’a que des SSD.

85 To à 2 Go/s sur une étagère

À l’autre bout du catalogue, les TrueNAS Mini, qui constituent les solutions d’entrée de gamme, voient arriver deux nouveaux modèles censés concurrencer les NAS de Qnap ou de Synology mais avec des caractéristiques bien plus alléchantes. Le Mini X+ propose ainsi cinq disques durs plus deux SSD (soit une capacité de 50 à 85 To) avec deux connecteurs Ethernet 10 Gbit/s pour un débit global de 2 Go/s. Cette machine prend la forme d’un petit boîtier qui tient sur une étagère.

Son petit frère, le Mini X tout court, a quatre connecteurs 1 Gbit/s. IXsystems ne communique pas clairement sur sa bande passante, mais LeMagIT l’évalue à peu près à quatre fois inférieure à celle du Mini X+. Pour soutenir de tels débits, ces machines sont dotées de 8 cœurs x86 et de 16 à 64 Go de RAM.

Les versions précédentes étaient les TrueNAS Mini E et MiniXL, respectivement quatre et huit disques durs, qui offraient les mêmes ports Ethernet sans toutefois parvenir à les saturer. Selon IXsystems, ces machines « Mini » sont idéalement conçues pour centraliser les enregistrements et les partages de données sur des sites de production loin du siège d’une entreprise, un cas d’usage que l’on appelle le Edge computing. En ce sens, les appareils qui se connectent à ces TrueNAS d’appoint sont aussi bien des PC de collaborateurs, que des objets connectés, comme des caméras de vidéosurveillance.

Et maintenant… des infrastructures hyperconvergées !

Les modèles de milieu de gamme, ceux de la série R (du R10 en 1U au R50 en 4U, tous offrant 10 Go/s de débit via deux ports Ethernet 100 Gbit/s), ne changent pas. Du moins, pas matériellement. En revanche, ce sont ceux qui porteront les premiers une évolution radicale du système.

« TrueNAS Scale va même au-delà : il s’agit véritablement d’un système qui transforme les nœuds en une véritable infrastructure hyperconvergée. »
Brett DavisDirecteur des ventes, IXsystems

« Notre système TrueNAS ne fonctionnait jusque-là que sur un seul nœud, au mieux sur deux en mode actif-actif. La grande nouveauté de cette année est que nous lançons une nouvelle version baptisée TrueNAS Scale qui permet d’étendre la capacité d’une baie de disques sur quatre nœuds plus un nœud de redondance. TrueNAS Scale va même au-delà : il s’agit véritablement d’un système qui transforme les nœuds en une véritable infrastructure hyperconvergée », lance Brett Davis.

Une infrastructure hyperconvergée est un cluster de serveurs qui sert à exécuter des applications virtualisées sur tous les processeurs disponibles, en simulant une baie de stockage à partir de tous les disques présents. Problème, si OpenZFS est bien conçu pour s’occuper de la seconde tâche, le système BSD n’est en revanche pas capable de prendre en charge la première.

« En réalité, TrueNAS Scale n’est plus basé sur BSD, mais sur un Linux Debian. Nous pouvons dès lors virtualiser des applications soit sous la forme de machines virtuelles via l’hyperviseur KVM de Linux, soit sous la forme de containers via Docker ou Kubernetes », précise le directeur. Il ajoute que l’ensemble continue de se piloter depuis la même console d’administration que précédemment : TrueCommand, commune à tous les produits d’IXsystems.

Et pas question de lui dire que ce fonctionnement en mode hyperconvergé ne serait qu’un gadget : « il existe au contraire un véritable besoin pour ce type d’infrastructures hyperconvergées de nouvelle génération qui exécutent des containers : elles sont suffisamment légères pour être installées en edge ». Son argument massue ? Une infrastructure hyperconvergée TrueNAS Scale peut se contenter de ne fonctionner qu’avec un seul nœud, alors qu’il en faut d’ordinaire trois.

Brett Davis est convaincu que cette nouvelle version du système va ouvrir à IXsystems des segments de marché qu’il n’osait adresser jusqu’alors.

« Quantité de possibilités s’offrent à nous. Par exemple, nous pouvons relier une infrastructure hyperconvergée TrueNAS à un cluster VMware, pour lui servir de baie de disques virtuelle. Il nous suffit d’exécuter dans le cluster VMware une machine virtuelle TrueNAS Scale. Rendez-vous compte : les entreprises pourraient agrémenter leur cluster de 60 Po de stockage NAS en reliant ainsi trois nœuds M60 avec tous leurs tiroirs. »

Au-delà de la beauté technique et de l’enthousiasme certain de sa communauté d’utilisateurs, IXsystems aura cependant sans doute fort à faire pour détrôner les géants de l’hyperconvergence, à savoir le couple Dell-VMware et Nutanix. Mais pourquoi pas : ces acteurs misent beaucoup sur l’intégration de Kubernetes pour remporter des contrats dans le cloud hybride, alors que les entreprises auront peut-être plus besoin de Kubernetes sur des solutions d’appoint en Edge, ce que sont les TrueNAS.

Pour approfondir sur SAN et NAS

Close