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RISE with SAP : les subtilités contractuelles posent encore question

Cinq mois après son lancement, l’offre RISE with SAP aurait déjà séduit plus de 260 clients, si l’on en croit le directeur du programme, Brian Duffy. L’éditeur veut devenir le guichet unique pour déployer et maintenir le cœur applicatif de l’ERP sur le cloud. Il promet une flexibilité des déploiements, mais les utilisateurs représentés par l’USF, en France et le SUGEN, dans le reste du monde, se posent encore des questions sur les éléments contractuels et le support.

Selon la dernière enquête de satisfaction 2020 de l’USF publiée le 8 juin dernier, les adhérents ne plébiscitaient pas les offres cloud avant la disponibilité RISE with SAP. « L’offre cloud reste encore peu connue des adhérents de l’USF, seuls 34 % des répondants l’utilisent pour un taux de satisfaction moyen inférieur à 20 %, en particulier sur le traitement des problématiques de sécurité, sur la clarté de l’offre, des modes d’acquisition de licences cloud et du modèle tarifaire », peut-on lire dans le communiqué de presse de l’USF.

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Il faut dire que le renommage et les appellations contractuelles des éditions cloud ne jouent pas en la faveur de SAP. S/4HANA Cloud multi-tenant edition est devenue S/4HANA Cloud essentials edition (ES), tandis que S/4HANA Cloud single-tenant edition a pris le nom de S/4HANA Cloud extended edition (EX). Ce sont ces licences qui sont reprises et utilisées pour former l’offre cloud public de RISE with SAP.

RISE with SAP a été lancée en parallèle de S/4HANA Private Cloud Edition, une version cloud privé plus « optionnée » de SAP HANA Enterprise Cloud (HEC). HEC va petit à petit disparaître au profit de la nouvelle offre. Le programme RISE a sa propre offre PCE désignée sous le nom RISE With SAP S4/HANA Private Cloud Edition dans les contrats des engagements de services.

S/4HANA Private Cloud Edition, le cœur de l’offre RISE with SAP

Les itérations de la Private Cloud Edition sont des équivalents à l’offre single tenant de HEC. Pour ne pas simplifier la chose S/4HANA Cloud PCE a d’abord été nommée SAP S/4HANA for enterprise management, private cloud edition. Pour autant, RISE with SAP Private Cloud Edition est largement mis en avant dans le cadre du programme, car elle est pensée en premier lieu pour accueillir les solutions des clients venant d’ECC.

Photo de Gianmaria PerancinGianmaria Perancin, Président de l’USF

HEC pouvait s’apparenter à une offre IaaS. RISE with SAP, quelle que soit la solution S/4HANA Cloud (ou non) choisie, mêle IaaS, PaaS et SaaS. Avec un seul contrat, RISE with SAP réunit la licence cœur pour S4/HANA (Private ou Public Cloud), des outils et services (Readiness Check, Custom Code Migration App, le service d’apprentissage Learning Hub), des rapports Business Process Intelligence (BPI) pour identifier et implémenter des processus, des crédits CPEA pour Business Technology Platform (BTP, anciennement SAP Cloud Platform), et un starter pack pour SAP Business Network (la réunion d’Ariba Network, Asset Intelligence Network, Logistics Business Network).

Un document disponible publiquement sur le web spécifie les modalités exactes pour chaque service. Une disposition légale empêche de reproduire ces données sans l’accord tacite de SAP [une mention légale qui n’est pas reproduite dans ce document qui contient les mêmes informations, N.D.R.], mais LeMagIT peut évoquer des différences significatives entre le nombre minimum de crédits annuels pour BTP entre les éditions cloud public et cloud privé. En revanche, le nombre maximum de crédits est identique entre les deux types d’édition, et correspond à un pourcentage fixe de la valeur des unités cloud associées au contrat. Les clients qui ont déjà des licences pour BTP ou Business Network ne sont pas concernés par ces modalités.

Clairement, SAP mentionne des « starter packs » pour ces extensions à S/4HANA Cloud. Pour l’instant, le statut exact des packages RISE with SAP for Industry et Cloud Modular ERP présentés pendant SAPPHIRE 2021 n’est pas précisé. Auprès du MagIT, Brian Duffy explique que ce sont des services en dehors de BTP, gérés par l’éditeur allemand.

Mais le cœur de l’offre tient dans une « construction commerciale simplifiée » (dixit SAP), c’est-à-dire un contrat comprenant pour RISE with SAP S/4HANA Cloud, les logiciels, le support, des SLA, la gestion de l’infrastructure, les services managés techniques, la gouvernance et la sécurité.

SAP doit tenir ses promesses au regard des SLA

Gianmaria Perancin s’interroge, entre autres, sur la manière dont SAP va assurer les promesses de SLA. Pendant l’annonce du programme, l’éditeur avait promis un taux de 99,9 % de disponibilité des services hébergés sur le cloud.

« SAP assume une responsabilité importante, voire essentielle, sur la disponibilité des environnements. Si je prends un AWS, Azure ou Google, qui ont l’habitude d’offrir 99,8 % de disponibilité, demain c’est SAP qui doit s’aligner sur ce standard de qualité. C’est à mon avis le point sur lequel SAP doit rassurer tous les clients, non pas par crainte, mais parce que nous ne sommes pas habitués à travailler de cette manière avec SAP », indique-t-il.

En effet, sans RISE with SAP, les ententes de niveaux de service sont généralement gérées par le fournisseur de cloud ou un partenaire technique. « Nous devons être certains que cet aspect-là [le respect des SLA] fonctionne bien. Nous en tant que club utilisateur, sommes là pour remonter toute problématique de ce point de vue là, puis que nous ne discutons plus avec les fournisseurs », ajoute Gianmaria Perancin.

En réalité, le SLA affiché à 99,9 % correspond à une option supplémentaire. SAP pratique un taux de disponibilités des systèmes en production de 99,5 % et de 95 % en développement ou en test. Le SLA du provisionnement des serveurs est fixé à 99,5 %. Selon la documentation de l’éditeur, « La disponibilité du système de 99,7 % ou de 99,9 % pour le PRD [les environnements en production N.D.R.] s’applique si le client l’a acheté et s’il est identifié dans le formulaire de commande ». En la matière, l’éditeur ne change pas les modalités qu’il appliquait déjà avec les licences en dehors de RISE with SAP. En revanche, le niveau de disponibilité des « Cloud Services » – des suppléments applicatifs associés aux éditions cloud de l’ERP, mais hébergés dans un autre data center – grimpe de 99,5 à 99,7 %.

Un contrat unifié, pas unique

Malgré quelques doutes, cette construction commerciale semble séduisante pour le président du club des utilisateurs français de SAP.

« Avec Rise, vous avez un seul interlocuteur à la table, c’est une perspective économiquement intéressante », affirme Gianmaria Perancin, président de l’USF. « Ça ne veut pas dire que toutes les entreprises ont intérêt à y rentrer. Il y a un certain nombre d’entreprises – je pourrais vous dire les grandes, mais je n’en suis pas certain – qui elles ont tendance à ne pas vouloir mettre leurs œufs dans le même panier. De grosses entreprises me disent “je suis très bien, je veux avoir mon contrat avec SAP, mon contrat avec les hyperscalers, mon contrat avec l’ESN, comme ça si à un moment donné je veux changer, je peux le faire sans rien demander à personne”. C’est un choix », estime-t-il.

Lors d’une conférence dédiée aux actionnaires du groupe allemand organisée à la fin du mois de février, Luka Mocic, directeur financier de SAP, a utilisé une image particulièrement grinçante pour expliquer l’intérêt de ce programme. Il assure que SAP devient pour le client « la seule gorge à étrangler » [one throat to choke en VO, N.D.R.]. Ce n’est pas totalement vrai. 

SAP annonce les prérogatives de RISE de l’horizon SAP avec la possibilité d’y incorporer des extensions vers des produits de l’éditeur allemand et ceux de ses partenaires.

Mais avec cette édition PCE présente dans le programme RISE, le conseil, l’implémentation (extensions d’applications, développements personnalisés), les services de gestion d’application (harmonisation des données, optimisation, tests de régressions, etc.) dépendent de contrats séparés auprès de SAP ou de ses partenaires intégrateurs, comme l’expliquaient déjà Capgemini et Atos dans un Ezine du MagIT.

C’était l’une des craintes relevées l’USF que SAP et ses partenaires se sont empressés de désamorcer. Finalement, le contrat unifié tient sur une partie de la migration vers le cloud et l’apport des services habituels des ESN. D’ailleurs, l’éditeur allemand n’hésite pas à communiquer au MagIT un document récapitulant le nombre d’experts et conseillers des ESN disposant d’une ou plusieurs certifications SAP à travers le monde. L’on retrouve sur le podium IBM, Capgemini, et Accenture, suivi par Deloitte, Wipro et NTT.

Licences : le poids de l’existant dans les négociations

De fait, la majorité des clients qui adopteront ce nouveau mode contractuel possèdent une version de l’ERP antérieure à S/4HANA, principalement ECC.

Pour ces utilisateurs, le président de l’USF évoque une « transformation du contrat au lieu d’une conversion » dans le cadre de RISE With SAP. Ce programme implique « la signature d’un nouveau contrat avec un engagement simplifié », confirme un porte-parole de SAP.

« Il y a des aspects économiques que je souhaiterais aborder avec eux [SAP] », déclare Gianmaria Perancin. « Par exemple, quid de la valeur de mes licences perpétuelles on-premise dans ce jeu de la transformation de contrat ? Je crois comprendre que SAP me dit que leur valeur comptable est zéro puisque je les ai déjà amorties, mais il faut prendre en compte la valeur qu’elles apportent à l’entreprise, puisque ce sont des actifs que l’on possède. Ils doivent bien valoir quelque chose. Si je pousse le raisonnement, je pourrais même vous dire que si je vends mes licences sur le marché de la seconde main, je devrais pouvoir y gagner. Il y a un écart à combler. »

D’autres éditeurs historiques, tels Siemens ont des discussions similaires avec leurs clients. La conversion de plusieurs dizaines de milliers de licences perpétuelles pour son PLM en ristournes lui a permis de signer un contrat de 22 millions de dollars avec l’US Air Force.

John Appleby, PDG d’Avantra, l’éditeur d’une plateforme AIOps dédiée aux opérations des plateformes SAP, a réalisé une foire aux questions consacrée au programme de migration vers S/4HANA Cloud. « Si vous utilisez SAP ECC 6.0 EhP4, vous pouvez intégrer 15 ans d’innovation dans le contrat RISE. […] Il faut tenir compte de la quantité de logiciels d’appoint dont vous disposez. Plus il y en a, mieux c’est : vous pouvez utiliser le shelfware comme un levier commercial pour réduire vos dépenses », conseille-t-il.

Ces négociations autour des shelfwares du passage à ECC vers S/4HANA est documenté par les cabinets d’analyste : l’éditeur consent et à déjà consenti à des conversions de licences.

« SAP a tendance à garder ses modèles sous licence propriétaire pour des raisons juridiques, mais nous pouvons nous attendre à quelques évolutions. »
John ApplebyPDG Avantra

En l’occurrence, SAP maintient jusqu’au 31 décembre 2025 des « packs de compatibilité S/4HANA ». Ces équivalents concernent habituellement les versions standards des solutions SAP Business Suite, SAP ERP, HCM ou encore CPQ.

Or pour l’édition RISE with SAP S/4HANA PCE, seul un équivalent pour SAP ERP standard est supporté et « ne s’étend pas aux solutions Industry ou Line of Business ». Ainsi il ne comprend pas les fonctions « HCM Core, payroll, time tracking, travel management, expense management, tout Absence Management (ERP), Benefits (ERP), Compensation Management (ERP), Core Travel Management (ERP), Employee Self-Service (ERP), Goal and Performance Management (ERP), HR Administration (ERP), Manager Self-Service (ERP), Recruiting (ERP), Succession Management (ERP), et Talent Assessment (ERP) ». Les clients peuvent utiliser ce pack SAP ERP jusqu’à la fin de l’année 2025, ou jusqu’à la clôture du contrat RISE si cela se produit avant.

Cette question de la valeur résiduelle des licences ne semble pas arranger SAP.

« SAP a tendance à garder ses modèles sous licence propriétaire pour des raisons juridiques, mais nous pouvons nous attendre à quelques évolutions », écrit-il.

Le passage à un contrat unique pour contrôler « les discussions avec les clients », la recherche de revenu récurrent annuel pour « plaire aux investisseurs » et l’adoption progressive d’un modèle à la consommation pourraient à l’avenir entraîner la modification de la politique de licence pour la rendre un peu plus permissive, considère John Appleby.

« Il ne fait aucun doute que les clients chercheront à demander des comptes à SAP sur ce point », anticipe-t-il.

Cela tombe bien, ces dernières années, l’éditeur allemand s’est montré ouvert à la discussion et à l’écoute des remarques des clubs utilisateurs, selon Gianmaria Perancin. La prolongation du support d’ECC jusqu’en 2027 et jusqu’en 2030 moyennant un surcoût est un bon point pour le président de l’USF. « Cela permet à nos membres de disposer davantage de temps pour estimer la valeur des cas d’usage une fois passés sur S/4. D’ailleurs, notre enquête de satisfaction démontre le bon accueil d’une telle annonce ».

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