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Oxford Economics et PwC prédisent le développement des datacenters

Selon la simulation que les deux cabinets ont lancée, l’investissement annuel dans les centres de données sera 2,5 fois plus important en 2050 qu’aujourd’hui. Mais le plus intéressant réside dans les scénarios possibles pour parvenir à cette situation.

D’ici à 25 ans, les États auront dépensé 151 000 milliards de dollars dans leurs infrastructures (énergies, routes, bâtiments) et, a priori, un cinquième de cette somme aura été investi durant toutes ces années dans les datacenters. Telle est le résultat médian d’une modélisation prédictive que vient de mener le cabinet d’études économiques Oxford Economics pour le compte du réseau de cabinets de conseil financier PwC.

Si Oxford Economics est à peu près certain que l’investissement annuel mondial dans les datacenters atteindra dans les 1800 milliards de dollars en 2050 (contre 800 mds $ aujourd’hui), tout l’intérêt de sa simulation se situe dans la variété des scénarios qui pourraient se dérouler d’ici là.

Le scénario médian, dans lequel les datacenters cumuleraient 31 600 mds $ d’investissements d’ici à 2050, est celui où la situation actuelle continue sur sa lancée, sans accroc. C’est-à-dire avec la moitié des chantiers situés sur le sol des USA et un quart en Asie.

Dans cette hypothèse, les efforts de souveraineté menés en Europe et au Moyen-Orient devraient accélérer davantage la construction de datacenters sur leurs territoires respectifs, sans pour autant tout à fait représenter le quart restant de la flotte de datacenters en opération.

Le scénario catastrophe des restrictions américaines sur les semiconducteurs

Il existe un scénario bis dans lequel l’administration Trump mettrait à exécution toutes ses menaces de restriction sur la circulation des semiconducteurs dans le monde. Dans ce cas, les investissements annuels dans les datacenters seraient divisés par deux par rapport au scénario principal aux alentours de 2030. Et cette situation devrait perdurer cinq années avant qu’un progrès quelconque permette de relancer les chantiers de datacenters au rythme actuel.

« Sur l’ensemble de la période, le coût serait considérable : les investissements cumulés dans le monde atteindraient alors 25 500 milliards de dollars d’ici à 2050, au lieu de 31 600

milliards dans le scénario central », observe PwC, sans toutefois estimer les pertes économiques qui résulteraient de ce manque d’investissement de plus de 6000 milliards dans les datacenters.

Les restrictions sur la circulation des semiconducteurs dans le monde qu’évoquent les USA comprennent à la fois des droits de douane, qui rendraient prohibitifs sur leur sol les prix des puces d’accélération d’IA, et des quotas, qui empêcheraient les autres pays du monde d’acheter plus de puces d’IA que ne le font les Américains.

Les progrès qui permettraient de sortir de cette situation seraient la capacité des usines d’Intel à remplacer celles de TSMC et la faculté des Chinois, notamment Huawei, à vendre au monde entier des puces d’accélération similaires à celles des Américains.

Dans le premier cas, le rattrapage d’Intel ne se fera a priori pas sans des investissements considérables pour lesquels l’intention n’existe pas aujourd’hui. Quant à la montée en puissance des Chinois dans les semiconducteurs, elle ne pourrait être réalisée en l’état que par l’invasion de Taiwan et la prise de contrôle des usines TSMC qui s’y trouvent.

Le scénario des déploiements massifs en Europe

Autre scénario possible évalué par Oxford Economics, la vraie prise de conscience de l’Europe et du Moyen-Orient concernant leur souveraineté. Celle-ci favoriserait un déploiement particulièrement conséquent de datacenters sur leurs territoires, au détriment des géants américains qui se développeraient peu faute de clientèle étrangère.

Dans ce scénario, le cumul des investissements mondiaux dans les datacenters atteindrait 29 500 milliards de dollars d’ici à 2050. A priori, les deux milliards manquants n’auraient aucun impact négatif sur les opportunités économiques liées à l’IA. La seule différence avec le scénario médian serait une redéfinition profonde des puissances régionales, les USA échouant dans ce cas à devenir le No 1 mondial des fournisseurs de traitements informatiques.

Pour que ce scénario se réalise, il faudrait que les USA ne parviennent pas à concrétiser aussi rapidement que voulu leurs chantiers de datacenters. À cause d’une difficulté plus importante que prévu de conjuguer les projets fonciers avec les ressources naturelles et énergétiques disponibles.

On suppose que les USA finiraient ici aussi par mettre en œuvre des mesures de restriction sur l’export des puces américaines pour ne pas se laisser devancer par les puissances étrangères. Mais sans développement américain à rattraper, les autres pays du monde pourraient se contenter de puces moins puissantes, du moment que la Chine, voire l’Europe, soient capables d’en fabriquer suffisamment. La densité de puissance de calcul dans les serveurs évoluerait peu, mais serait compensée par des déploiements en très grande quantité de ces serveurs en dehors des USA.

Dans la projection d’Oxford Economics, les États européens qui hébergent aujourd’hui le plus de puissance de calcul américaine – l’Irlande, les Pays-Bas, l’Allemagne – perdraient de leur importance au profit d’États plus économiquement intéressants en termes de foncier et de ressources énergétiques. La France, avantagée par ses centrales nucléaires pour l’énergie, mais à la traîne concernant ses sites capables d’accueillir rapidement des datacenters, ne fait pas partie des gagnants identifiés par la projection. Selon l’étude, le trio de tête de la zone EMEA serait Le Royaume-Uni, la Pologne et la Turquie.

« À l’horizon 2050, la carte mondiale du calcul sera profondément redistribuée, avec à la clé des écarts [entre pays, N.D.R] qui se chiffreront en milliers de milliards de dollars », commente Christophe Desgranges, responsable des activités de conseil en stratégie au sein de PwC.

Rien ne garantit qu’une de ces prédictions se réalisera. Mais, à l’instar de toutes les prédictions formulées au cours de l’histoire de l’informatique, il est presque certain que celles-ci amuseront les lecteurs qui retomberont sur cet article en 2050.

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