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Gartner : la vraie guerre du cloud ne fait-elle que commencer ?

En 2017, les principaux fournisseurs de cloud s’affrontaient sur le terrain du IaaS, mais l’arrivée d’une logique de « plateformes » bouleverse le marché en profondeur.

En 2017, je discutais de la stratégie d’Oracle pour Oracle cloud et du fait qu’il ne gagnerait pas la bataille des infrastructures à la demande (IaaS) face à ses concurrents (Amazon, Micrososft et Google). Trois ans plus tard, une nouvelle guerre des clouds s’engage entre SAP (et Oracle à nouveau), Microsoft et Google à mesure que les deux derniers diversifient leurs offres. 

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Mais il est devenu très difficile de comparer ces fournisseurs. Certains excellent dans la capacité de traitement (compute) et le hardware. D’autres ont une longueur d’avance dans la des processus métier spécifiques. D’autres, enfin, sont meilleurs dans l’analyse des données pour en tirer des enseignements (insights) et pour aider les prises de décision. Vous devez donc déterminer ce qui est le plus important, pour qui et pourquoi.

Vers la fin 2017, un client m’a interrogé à propos du Cloud Computing. « Mais si j’ai le choix, pourquoi construire quelque chose que je peux avoir directement dans le cloud ? », m’a-t-il dit. La question était légitime, mais je lui soutenais que ce n’était pas nécessairement l’approche à adopter.

Cette entreprise avait tout pour dynamiser son ROI en partageant les données entre ses services : par exemple la liste des clients qu’ils avaient en communs pour augmenter les montées en gamme (upselling) et les ventes croisées (cross-selling) de produits et services, les données sur les produits pour mieux les exploiter et les gérer, et celles sur les fournisseurs internationaux pour rationaliser les dépenses de l’entreprise.

Je voulais faire comprendre à mon interlocuteur l’importance des données et de l’analytique, et lui expliquer comment tirer le meilleur parti de ce potentiel. Et pourtant, à mesure que nous abordions les méthodes, les processus et les technologies susceptibles de l’aider, le client revenait toujours sur la question du cloud.

Différents types de clouds

Sa question découlait naturellement du fait qu’à l’époque tout laissait à croire qu’Amazon, Microsoft et Google avaient déjà « remporté » la bataille du cloud, et que toutes les technologies dont rêvait – ou dont pourrait avoir besoin – un client pouvaient forcément se trouver dans le cloud, où ces éditeurs régnaient en maîtres.

Curieusement, personne ne savait en revanche précisément ce que l’on entendait par « cloud » ni de quel cloud on parlait.

C’est un peu comme si l’on confondait un IaaS et un ERP. Le premier permet à l’IT de mener à bien ses missions ; le deuxième permet aux entreprises de gérer les siennes. Cette différence simple échappait à mon interlocuteur.

À l’époque, je lui avais résumé les les quatre principaux modèles de service cloud : SaaS (Software as a Service), PaaS (Platform as a Service), IaaS (Infrastructure as a Service) et DaaS (Data as a Service), à savoir :

  • Le SaaS, est une formule tout-compris, il propose les process opérationnels standards, à la demande.
  • Le PaaS peut être vu comme une forme d’innovation ou de différenciation ; il est lui aussi à la demande.
  • Le IaaS doit être vu comme de la pure performance à la demande.
  • Le DaaS lui, est la capacité à analyser des données (insights), à la demande.

Ce cadre de réflexion visait à expliquer la réelle signification du cloud, ce qu’il offrait à ce moment-là, et peut-être ce qu’il allait advenir dans le futur. La plupart des clients, par exemple, considéraient le « cloud » comme du IaaS. Peut-être vous souvenez-vous de ces articles d’il y a un an ou deux qui percevaient AWS comme le leader du cloud sans évoquer les autres formes de cloud ? 

C’était, et c’est toujours, une vue simpliste de la situation. Bien qu’Amazon soit très fort sur la partie infrastructure, ce n’est qu’une petite partie du tableau général du cloud. Le IaaS ne favorise pas la productivité de l’entreprise, car il ne change pas la façon dont les métiers agissent.

La bataille de 2017 se situait au niveau de l’infrastructure et était, en quelque sorte, une « drôle de guerre » avant le début des véritables hostilités. 

Vers une bataille de « plateformes » cloud

La vraie bataille du cloud, que j’anticipais alors, n’aurait lieu que lorsque les solutions cloud proposées pourraient soutenir l’innovation et la différenciation ; autrement dit lorsque ces outils pourraient présenter des avantages pour toute l’entreprise et non plus seulement à l’IT.

Pour cela, il fallait se recentrer sur les métiers et leur façon de fonctionner, et non plus sur le fonctionnement de l’IT. Cette différence peut paraître minime, mais si on élargit son champ de vision, que l’on regarde la bataille dans son ensemble, je pense qu’elle est au contraire fondamentale.

Le IaaS est certes le champ de bataille le mieux connu. Mais ce n’est pas là où se trouve l’issue de cette guerre. Le PaaS et le SaaS ont pris de l’ampleur ces deux dernières années, et sont devenus plus importants que le l’IaaS dans l’entreprise. Le DaaS, dont on ne parlait presque pas il y a deux ans, a également grandi dans la pile technologique. 

Alors oui, le IaaS reste intéressant, si ce que vous cherchez en termes d’infra existe dans un environnement cloud. Mais lorsque vous commencez à vous interroger sur les aspects du cloud qui vous correspondraient et sur les options possibles, la situation se complique. Il ne suffit plus de penser qu’Amazon « a gagné » il y a quelques années.

La bataille de 2017 tournait autour de l’infrastructure. À cette époque, les messages qu’Oracle envoyait à ses prospects manquaient de clarté. La société essayait de mettre K.O. ses adversaires mieux placés dans le compute. Oracle oubliait juste de parler aux PDG.

Aujourd’hui, l’infrastructure ne règne plus en maître. Et, comme l’a récemment souligné Christian Klein, CEO de SAP (qui lui parle aux PDG), les dirigeants commencent à voir la valeur des ERP lorsqu’il s’agit de transformation numérique et d’innovation. « De plus en plus de ces clients choisissent d’utiliser SAP ERP et ses applications connexes dans le cloud », confirme-t-il.

Christian Klein voit également poindre une concurrence plus forte avec Microsoft et Google. Ses deux partenaires (puisqu’ils le sont dans l’hébergement de ses solutions comme S/4HANA) se sont eux aussi lancés dans les applications. Amazon, lui, monte sur la partie data.

Bref, la guerre du cloud d’aujourd’hui est plus complexe que jamais. Des éditeurs comme SAP sont désormais en concurrence avec des fournisseurs de IaaS qui cherchent à accaparer une plus grande part du gâteau.

Reste à voir si ces offres de Microsoft et de Google porteront les coups les plus durs à leur concurrent historique, AWS, ou à des éditeurs comme SAP et Oracle.

En tout cas, on peut le dire : la vraie guerre des clouds est sur le point de commencer.

Andrew White est « distinguished » analyste et vice-président chez Gartner. Ses recherches portent sur la fonction de chief data officer, sur les plateformes analytiques et de gestion des données, sur la stratégie et les modèles opérationnels et sur la gouvernance.

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