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Technologie IT et Directions Financières : « Je t'aime, moi non plus » (étude)

Big Data, spaghetti applicatif, qualité de la donnée : les métiers financiers sont stressés par la transformation numérique... et y répondent par l'IT (dixit une étude de l'éditeur BlackLine). Une transformation numérique aux deux visages en quelque sorte.

La numérisation des entreprises (et la masse de données que ce mouvement génère) ainsi que la multiplication des applications (ERP, solutions comptables, PoS, applis métiers, EAM, etc.) posent un énorme défi aux financiers.

Les comptables, experts comptables, contrôleur de gestion, Direction Financière (DAF) et autres auditeurs voient en effet leurs métiers devenir de plus en plus techniques et liés à la technique. C'est ce qui ressort d'une étude réalisée par l'éditeur BlackLine - qui prêche évidemment pour sa paroisse, mais dont les résultats sont en grande partie corroborés par d'autres témoignages.

Fiabilité de la donnée : selon que vous serez PDG ou DAF...

L'étude part d'un constat : il existe un grand écart de perception des chiffres comptables entre, d'une part, les cadres dirigeants et, d'autres part, les financiers. Ce sont 95 % des dirigeants disent avoir une confiance totale dans les chiffres contre à peine un peu plus de la moitié (56 %) pour les professionnels de la finance.

Parmi les raisons qui expliquent ce manque de confiance dans la précision des données comptables, les sondés évoquent plusieurs facteurs qui ont tous un rapport avec l'IT sous une forme ou sous une autre.

Première raison (41 %) : les données proviennent aujourd'hui de trop de sources différentes (silos). Résultat, les financiers ne sont plus sûrs que toutes les données ont été injectées dans le système comptable central et qu'elles ont bien été prises en compte. Deuxième raison (35 %), les processus de traitement des données serait devenues trop complexes.

Les autres raisons touchent - au contraire - à la saisie manuelle, et aux erreurs possibles, ou à l'absence d'automatisation des contrôles et des vérifications dans des systèmes éparses.

Le tout créerait un contexte de stress et de pression accrue sur la direction financière dans la mesure où les cadres dirigeants prennent pour acquis à 85 % que, même en cas d'erreurs lors de la production des chiffres, leurs services financiers sont capables de les identifier et de les corriger.

Or les services financiers disent eux, à 70 %, qu'ils n'en sont pas toujours capables.

Dans un contexte mouvant et incertain (Brexit, Guerre commerciale des Etats-Unis avec le Chine et demain avec l'Europe, etc.), ces difficultés vont croître, pensent les professions financières. D'autant plus qu'on leur demande de plus en plus du temps réel et des délais courts pour publier leurs chiffres.

L'IT, poison et solution pour les DAF

En conclusion, l'IT est un facteur qui aide à la véracité des comptes via l'outil informatique, mais elle est aussi une nouvelle contrainte.

« Près de quatre participants sur dix sont d'accord pour dire que le marge d'erreur admise dans les comptes des entreprises est en passe de diminuer avec l'émergence de nouvelles technologies », constate l'étude. Or, il s'agit d'une promesse que les DAF doivent tenir (ils mettraient d'ailleurs, à plus de 60 %, des technologies en place), mais sans savoir forcément comment y arriver.

Le tableau que peint l'étude n'est cependant pas noir. Pour Lucie Bordelais, Directrice Développement chez BlackLine France, les contrôles et la fiabilité se sont améliorés depuis vingt ans, « même s'il reste des lacunes ».

Jean-Christophe Goudard, Associé Audit Grands Comptes et Responsable de l'innovation pour l'Audit chez EY, confirme pour sa part qu'il arrive encore que de grands groupes envoient une équipe plusieurs mois dans une filiale à l'autre bout du monde pour mettre de l'ordre - voire pour refaire totalement - la comptabilité à cause d'un problème de contrôle et/ou d'outils. « C'est que j'appelle les Marges de l'Empire », plaisante-t-il.

« C'est exactement ce qui s'est passé au Brésil pour Carrefour », acquiesce Lucie Bordelais.

Pour l'expert comptable et commissaire au compte, Philippe Barré, il n'est pas rare de trouver entre 3 et 10 logiciels différents - même dans les PME (et bientôt dans les TPE qui se numérisent à leur tour) - qui injectent des données dans la comptabilité. Les professions financières doivent aujourd'hui s'assurer que tout se passe bien... ce qui est aussi voire surtout une problématique technologique d'intégration et de traçabilité de la donnée (ETL, MDM, etc.) qui ne fait pas partie du coeur traditionnel du métier.

Dans les grands groupes, les rachats successifs amènent chacun leur ERP dans le panorama applicatif de l'acheteur. Les filiales locales, et même les entités opérationnelles, peuvent aussi avoir une certaine autonomie dans le choix des outils IT.

Le résultat est bien connu : des silos et un spaghetti applicatif car « il n'est raisonnablement pas possible de changer tous les ERP pour les unifier [...] Et on ne parle pas que des ERP, il y a aussi des systèmes qui vont jusqu'aux systèmes de paiement dans les magasins par exemple », analyse le commissaire au compte.

Solutions IT pragmatiques et recherche de nouvelles compétences pour l'avenir

Ces silos et ce spaghetti applicatif militent aujourd'hui pour une solution intermédiaire - presque terre à terre - qui consiste à essayer de démêler cette complexité en modélisant, normalisant, validant et automatisant les processus de centralisation de la donnée et de contrôle des procédures financières.

En résumé : « un système de vérification par dessus les systèmes qui produisent les données - une sorte de tamis au dessus des ERP - qui permet de contrôler la qualité interne des informations », vante Lucie Bordelais de BlackLine (éditeur qui propose justement ce type d'outil, fondé il y a vingt ans et dont le chiffre d'affaires a quadruplé ces quatre dernières années pour atteindre aujourd'hui les 220 millions de dollars).

Un autre facteur technologique stresse les financiers pour l'avenir proche. « Les DAF ont trop de données et pas assez de moyens de les traiter » constate Jean-Christophe Goudard. Surtout, ils ont du mal à trouver ces nouvelles compétences IT dont ils ont besoin, en premier lieu les Data Scientists, alors que les demandes d'analytiques plus poussées commencent à se manifester.

Le commissaire au compte Philippe Barré confirme que l'environnement financier devient ultra-technologique... mais que les solutions aux défis que pose cette évolution sont aussi, en grande partie, dans la technologie.

Pour combattre le feu par le feu, les DAF regarderaient ainsi, dans cet ordre, le RPA, l'Intelligence Artificielle (au sens large) - comme pour le traitement automatisé des factures et des notes de frais avec le Machine Learning - et à plus long terme la blockchain.

Lucie Bordelais ne dit pas le contraire. Mais elle rappelle, en guise de conclusion, que la préoccupation première aujourd'hui des comptables est de vérifier que toutes les données se sont déversées, correctement, dans tous les systèmes financiers. « Quand on leur propose cela, ça les fait rêver ! ». Une belle illustration de l'écart entre le marketing gonflé aux « buzz words » des gros éditeurs IT et la réalité du terrain.

Méthodologie :

L'enquête de BlackLine a été menée en ligne par Censuswide durant les mois d’août et septembre 2018, auprès de 579 dirigeants et 575 professionnels de la finance (directeurs financiers, comptables et responsables financiers) en Europe (France, Royaume-Uni et Allemagne), aux États-Unis, en Australie, à Hong Kong et à Singapour, dans des grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’Euros ou équivalent.

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