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Référentiels de « solutions IT locales » (3/3) : des sources précieuses, mais éparpillées

Cartographies, classements, pages membres d’associations professionnelles, moteur de recherche à la GAIA-X : les sources d’informations pour trouver des outils européens, ou souverains, foisonnent. Au risque de perdre le DSI ?

Il n’y a pas d’alternatives locales. Cet argument est souvent invoqué pour justifier l’achat de la solution d’un prestataire non européen, y compris dans des projets publics. Le constat – qui était vrai il y a encore quelques années – tend cependant à l’être de moins en moins.

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« Les Européens ont aujourd’hui autre chose à proposer », affirme par exemple Alain Garnier, président de Jamespot et co-fondateur du collectif Play France Digital. « Il faut tuer l’idée selon laquelle il n’y a que les Américains qui peuvent nous sauver dans le numérique. Ce n’est pas vrai », insiste-t-il. « Nous avons une production locale. Et il y a une capacité incroyable des startups françaises ».

De fait, l’écosystème est foisonnant. Sa diversité est réelle. Trop, peut-être, face à des offres unifiées et lisibles. Mais pour Alain Garnier, au contraire, cette diversité est critique pour les DSI, car quand « on a tous le même logiciel, cela revient à être tous habillés de la même façon », compare-t-il. « Si l’on veut qu’une transformation digitale soit réussie, il faut prendre des voies alternatives [aux systèmes globaux], sinon vous ne ferez que répliquer ce que les autres ont fait des années auparavant ».

Des sources non structurées en référentiels

Il n’en reste pas moins que pour exister, les fournisseurs « d’IT locale » devront s’organiser pour donner de la visibilité à leurs offres. D’où la multiplication des référentiels. C’est que tente de faire le collectif Play France Digital (première partie de ce dossier). C’est aussi l’objectif de GAIA-X et le but d’une cartographie en cours d’élaboration par le Comité Stratégique de Filière (deuxième partie du dossier).

« Il y a aussi d’autres instances où l’on peut faire bouger les choses », assure pour sa part David Chassan, Directeur de la Stratégie de Outscale (filiale de Dassault Systèmes). « Il y a par exemple Hexatrust sur la thématique de sécurité et de souveraineté européenne ». Le groupement intervient d’ailleurs au sein du Comité Stratégique de Filière.

Mais Hexatrust ne propose pas de catalogue des outils qu’il fédère. Il semblerait néanmoins que l’on se dirige, courant 2020 ou 2021, vers un principe de référencement pour trouver les solutions cloud de ses adhérents.

Autre mine d’or, l’ANSSI a centralisé les solutions ultrasécurisées qu’il a labellisées CSPN – comme Tixeo. Cette liste n’est pas des plus ergonomiques, mais elle offre des pistes incontournables (et pas forcément souveraines au sens strict) pour le partage de fichiers, le stockage, la communication ou la messagerie (et bien sûr la sécurité).

Les classements français du Truffle 100 (de Teknowlogy, ex-PAC CXP) et du Top 250 du Syntec (membre du MEDEF) sont certes différents des cartographies, puisqu’ils induisent une notion de compétition, mais ils restent un « sourcing » de première qualité. Avec une grosse limite toutefois, ce sont les éditeurs qui sont listés et pas leurs solutions. Et il n’y a pas, là non plus, de réel catalogue.

Pages membres, pages partenaires : des informations encore difficilement consommables

On pourra enfin regretter – avec indulgence – qu’une association professionnelle, comme Tech In France – qui rassemble des éditeurs de logiciels et des ESN œuvrant en France (de Oracle à Yousign) – n’utilise pas cette base, publique, de membres pour en faire un outil de visibilité (en les classant par catégorie, nationalité, taille, etc.).

Même constat du côté d’Eurocloud, qui propose certes un moteur de recherche, mais qui ne fonctionne bien que sur le nom de l’éditeur. On y trouvera par exemple Oodrive en tapant le nom de l’éditeur lyonnais, ou le mot clef « signature ». Mais pas en tapant « stockage » ou « alternative Dropbox ».

Du côté de Cap Digital, un réel effort d’indexation a été fait sur la page membres, avec un moteur de recherche sur ses 1 200 membres certes imparfait, mais utilisable.

« Dans le SaaS, certains clients commencent à demander ce qu’il y a sous le capot. »
David ChassanOutscale

Chez les éditeurs, Outscale – qui est pourtant présent de manière directe ou indirecte dans quasiment toutes les initiatives – n’a pas de pages partenaires. Impossible, donc, de savoir que Jamespot propose une visioconférence sur son infrastructure SecNumCloud. « C’est vrai. Ce sont les cordonniers les plus mal chaussés », plaisante David Chassan. « Mais nous y travaillons. C’est un sujet que nous avons identifié et que l’on doit absolument traiter. Cela viendra aider et soutenir des éditeurs qui nous retiennent ».

« D’autant plus que dans le SaaS – qui était une boîte noire – [les clients finaux] commencent à demander ce qu’il y a sous le capot », continue-t-il. « Et cela permettra aussi à ces éditeurs d’être mieux identifiés et plus visibles ».

C’est cette même logique qu’OVH met en œuvre, avec sa marketplace d’applications SaaS s’appuyant sur son infrastructure souveraine.

Conclusion : une profusion d’informations encore désordonnées

« Abondance de biens ne nuit pas », dit le dicton. Mais la profusion d’informations éparpillées et mal indexées, elle, si.

Cartographie, rapports (plus ou moins) internes, labels, associations professionnelles, classements : toutes ces sources permettent de trouver des outils souverains, ou locaux, ou qui assurent une sécurité maximale à une organisation. Mais tout cela au coût d’un travail de recherche, pour ne pas dire de spéléologie pour un DSI.

Il n’est pas possible aujourd’hui pour un prospect de trouver simplement « un CRM européen pour PME » (comme Sellsy, Eudonet, Odoo, Cegid CRM ou Efficy), un « Coupa français » (comme Ivalua) ou « une alternative souveraine sécurisée à Box » (comme LockSelf). La manière la moins compliquée de les identifier reste, ironiquement, de demander à… Google.

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