Avec Apex, Dell EMC veut prendre le contrôle de toute l’infrastructure

Éventuellement renommé The Cloud Console en 2021, ce portail SaaS servira à la fois à acheter des matériels physiques comme des ressources en ligne, à les administrer et à surveiller leurs coûts.

Lors de son événement annuel Dell Technologies World, Dell EMC n’a annoncé qu’un produit : la console Apex, qui sert aussi bien à acheter des ressources – physiques ou en ligne – qu’à les administrer.

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« Nos clients utilisent désormais tous des services en cloud pour étendre leur datacenter, mais la pluralité des offres complexifie la gestion des infrastructures. Nous avons donc pris le parti de synthétiser toutes les tâches liées à l’infrastructure dans une seule console, qui concerne aussi bien les équipements sur site que les ressources en ligne, et où tout est présenté avec la même rhétorique que celle des services cloud », résume Sébastien Verger, le directeur technique de Dell Technologies en France.

« Nous avons pris le parti de synthétiser toutes les tâches liées à l’infrastructure dans une seule console, qui concerne aussi bien les équipements sur site que les ressources en ligne. »
Sébastien VergerDirecteur technique, Dell Technologies France

La console se décompose en six rubriques. Il y a tout d’abord une « marketplace », autrement dit un catalogue des infrastructures fabriquées par Dell EMC ou disponibles chez ses partenaires : ce sont ses propres serveurs et baies de stockage, des équipements réseau, des logiciels système en option, mais aussi leurs versions cloud chez AWS, Azure, GCP et consort.

Vient ensuite une page pour passer commande et lancer la livraison. La démonstration donnée par Sébastien Verger lors d’un point presse rappelle en effet furieusement l’interface des clouds IaaS : on choisit le modèle d’instance, la quantité et la durée d’engagement (12 ou 36 mois).
Car oui : il est bel et bien question de ne plus acheter ses infrastructures qu’en mode locatif, par souscription mensuelle. Dell EMC communique un prix : un serveur de base coûtera 47 $ dollars par mois. On se doute qu’à ce prix l’entreprise n’acquiert plus de machine physique, juste des lots de machines virtuelles. Et Dell EMC se débrouillera pour trouver les équipements physiques nécessaires à leur exécution.

« Nous voulons véritablement que nos clients aient l’impression d’acheter un service d’infrastructure et que la nature de cette infrastructure ne soit qu’une question de cuisine interne pour Dell, qui doit se charger derrière de la mettre à disposition, soit en venant livrer du matériel sur site, soit en activant des ressources en ligne », dit le responsable.

Toutes les tâches d’administration quotidiennes réunies

Une troisième rubrique – qui n’arrivera qu’en 2021 – est consacrée au déploiement à proprement parler ; en l’occurrence, elle devrait ressembler à une sorte de Check-list des modules à installer, à configurer, à tester, et à remplir de données. La rubrique suivante, également dévoilée l’année prochaine, concerne toutes les tâches d’administration sur les instances déployées. Sont censés y figurer paramètres réseau, montage de volumes disques pour tel ou tel serveur, droits d’accès, mises à jour et autres sauvegardes.

« La console Apex a vocation à réunir toutes les tâches d’administration du quotidien, pour toutes les ressources d’infrastructure. Évidemment, au cas par cas, il pourra être nécessaire d’ouvrir la console de tel système ou de telle baie de stockage pour accéder aux paramètres avancés. »

De l’aveu de Sébastien Verger, tous les contrôles fournis par Apex reposeront sur les modules de VMware, dont la suite de virtualisation dispose désormais de tous les dispositifs pour piloter aussi bien des ressources physiques, que d’autres dans les principaux clouds. Pour autant, l’utilisateur n’aurait pas besoin d’installer – ni d’acheter – lui-même de licences VMware.

Une console pour évaluer l’ensemble des coûts

« Il s’agit non seulement de visualiser les performances pour évaluer si des réglages sont nécessaires, mais aussi de suivre les coûts d’exploitation de ce qui est déployé. »
Sébastien VergerDell France

En complément de l’administration, une cinquième rubrique se consacre au monitoring de l’existant. « Il s’agit non seulement de visualiser les performances pour évaluer si des réglages sont nécessaires, mais aussi de suivre les coûts d’exploitation de ce qui est déployé. C’est par exemple depuis cette partie-là d’Apex que l’on découvrira que certains services coûteraient moins cher s’ils étaient installés chez tels hébergeurs de cloud et que tels autres seraient plus intéressants économiquement s’ils étaient rapatriés dans le datacenter. »

Il précise que les entreprises paieront chaque fournisseur d’infrastructure ; il n’est pas question que Dell se substitue à AWS, par exemple, avec une facture globale. « En revanche, nous voulons favoriser la transparence des prix. Grâce à Apex, les entreprises auront pour la première fois un seul tableau de bord qui regroupe l’ensemble des consommations », ajoute Sébastien Verger. LeMagIT croit comprendre que, in fine, cet outil-là sera surtout utilisé conjointement par l’intégrateur/revendeur que l’entreprise aura choisi pour l’accompagner dans ses déploiements.

« Le tableau de bord estime à quelle date telle ressource sera saturée, et prédit combien il coûterait de l’étendre. »
Sébastien VergerDell France

Enfin, la dernière rubrique est dévolue à l’amélioration de l’existant, typiquement l’ajout de ressources. « Nous avons voulu que cette partie aide les DSI à devenir plus proactives. Le tableau de bord estime à quelle date telle ressource sera saturée, et prédit combien il coûterait de l’étendre », indique Sébastien Verger. Dell s’engagerait à livrer une nouvelle infrastructure en quatorze jours et à l’étendre en seulement cinq jours.

Incarner le point de contrôle des infrastructures

Selon différents observateurs, Apex n’est ni plus ni moins qu’une version enjolivée des consoles de suivi, que les concurrents de Dell EMC avaient déjà mises en place pour accompagner leurs programmes de commercialisation à la demande. En l’occurrence, on pense aux consoles de GreenLake chez HPE, de KeyStone chez NetApp ou, dans une moindre mesure, les portails de Nimbus Data et de StorOne, deux startups du stockage. Le bureau d’études IDC prédit que, d’ici à 2024, 50 % des infrastructures de datacenters et 75 % de celles installées en succursale (ou « edge ») seront commercialisées sous forme de services.

Selon les experts, dans de telles circonstances, la question n’est plus de vendre un produit meilleur que la concurrence, mais d’être l’interface de contrôle, celle par laquelle passent tous les achats. Le danger pour les fournisseurs historiques ne serait pas que les infrastructures en cloud grignotent des parts de marché aux matériels sur site. Il serait que les fournisseurs de cloud public en profitent pour prendre la main sur les infrastructures qui demeurent dans les datacenters.
Or, c’est exactement ce qu’essaient actuellement de faire AWS avec Outpost, Azure avec Azure Stack et GCP avec Google Anthos. Chacune de ces trois offres s’accompagne de la même façon d’une interface qui permet de superviser l’ensemble de l’infrastructure.

La console Apex devrait être officiellement lancée au début de l’année 2021. Elle se présentera sous la forme d’une application SaaS et pourrait, d’ici là, adopter le nom de « The Cloud Console ».

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