InVivo réunit agilité et cloud pour semer du numérique dans l’agriculture

Grâce à sa Digital Factory créée en 2018, l’union des coopératives InVivo insuffle en interne une culture du développement agile et de la transformation numérique. Une marketplace reposant à 100 % sur le cloud Azure est en production. D’autres projets se préparent.

Sans doute méconnu du grand public, InVivo est une union des coopératives agricoles. L’entreprise en fédère deux cents, et à travers elles près de 60 % des agriculteurs hexagonaux. Mais InVivo est aussi un acteur de la distribution avec des enseignes comme Jardiland, Gamm vert et Delbard.

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Référence de l’agriculture et de l’alimentation en France, le groupe s’efforce également depuis quelques années de s’imposer comme un moteur de la transformation numérique du secteur. Pour atteindre cet objectif, InVivo s’est dotée en 2018 d’une « Digital Factory ».

La Digital Factory, une filiale autonome de 100 personnes

Sa création, menée en partenariat avec OCTO Technology, s’inscrivait dans le cadre d’un plan stratégique. L’objectif du comité de direction, qui consent à des investissements conséquents, est alors d’introduire plus de digitalisation dans son activité agricole, encore « très manuelle ».

Cette InVivo Digital Factory, ou IDF, n’est cependant pas une simple direction du numérique ou DSI interne. Il s’agit en effet d’une filiale avec une indépendance et son propre bilan comptable. Charge à elle de définir son business model et de générer ses sources de revenus.

Orientée « numérique », la DF s’appuie dès l’origine sur des développements en méthode agile, impliquant très en amont les utilisateurs, ici les agriculteurs. « En termes de design de services et d’expérience utilisateurs, nous avions très tôt un groupe d’agriculteurs et de coopératives pilotes. Cette implication nous permettait de capter le besoin et l’expérience terrain, puis de réaliser des tests pour disposer de boucles de feed-back », détaille Vincent Ducas, manager chez OCTO.

À la tête de la Digital Factory, un directeur général – par ailleurs Chief Digital Officer (CDO) – ainsi que celui de la maison-mère InVivo, Stéphane Marcel. En 2018, la DF ne compte encore que quelques personnes, essentiellement des développeurs OCTO.

Une organisation full DevOps et du cloud Azure

Cet effectif réduit ne l’empêche pas de concevoir deux premières solutions. D’abord une application e-commerce, sous la forme d’un portail de commande d’intrants destiné aux coopératives et aux agriculteurs.

« Une des clés dans l’agriculture c'est la data. [...] La valorisation des données des exploitations, des fournisseurs et des ventes est essentielle. »
Vincent DucasOCTO Technology

La factory, organisée en deux « squads » ou « feature teams » de huit personnes, développe également un « data hub », soulignant l’importance des données dans le monde agricole.

« Une des clés dans l’agriculture, c’est la data. La valorisation des données des exploitations, des fournisseurs, des ventes, dans le respect des règles GDPR et du droit de propriété des producteurs de ces données, est fondamentale. Elle fait également avancer le travail d’harmonisation des formats d’échanges entre tous ces acteurs », souligne le cadre de l’ESN.

Cette infrastructure de gestion des données viendra alimenter le projet majeur de la Digital Factory, le site marchand Aladin.farm. Elle lui permettra aussi de valoriser ses nouvelles informations numériques (indicateurs d’usage, consultation de catalogues, taux de conversion, panier moyen, etc.). Cette plateforme e-commerce (mais aussi de mise en relation et de collaboration) est le premier produit commercial de la DF, dont la taille n’a cessé de croître. 

En 2020, après un passage à l’échelle un an plus tôt, IDF employait ainsi une centaine de membres, dont une vingtaine de salariés d’InVivo. Et c’est le développement initial en mode DevOps de cette plateforme qui a rendu l’industrialisation de son fonctionnement possible ainsi que son passage à l’échelle.

Aladin fait désormais office de service e-commerce omnicanal (gestion des livraisons, Click & Collect) pour plus d’une quinzaine de coopératives du groupe (avec la vocation d’accélérer sa généralisation à toutes les coopératives adhérentes de l’Union InVivo), après un déploiement progressif auprès de coopératives pilotes. À ce titre, la marketplace relève du portail en marque blanche puisque chaque coopérative conserve sa propre base d’adhérents agriculteurs et son univers produits.  

Une architecture microservices et APIsée pour mutualiser

Aladin est devenu une marketplace de taille conséquente, avec tout un panel d’achats, d’offres, de promotions, l’omnicanalité, des enjeux de livraison et de facturation, mais aussi d’interfaçage avec les systèmes d’information locaux des coopératives – pour les plus modernes par le biais d’API.

Aladin.farm fait désormais office de marketplace omnicanal pour la quinzaine de coopératives du groupe.

Aladin.farm se compose de quatre « fronts », avec chacun sa catégorie d’utilisateur : agriculteur, technicien commercial, coopérative et fournisseur. À chacun son propre environnement et ses fonctionnalités.

À titre d’exemple, les fournisseurs accèdent à des indicateurs relatifs à leurs produits et leurs parts de marché. InVivo, grâce à ces données marketing, valorise les informations dont elle dispose auprès de ses fournisseurs. Cette fonctionnalité est permise par la création dès 2018 du data hub.  

Côté architecture, le site e-commerce repose sur des microservices « très APIsés » et une infrastructure à 100 % dans le cloud Azure (Microsoft). Pour sa conception, les développeurs ont combiné des briques fonctionnelles sur-mesure (framework principalement JS) et du marché, notamment pour l’authentification et la recherche (Algolia pour le moteur et Akeneo sur l’information produit).

De nouveaux sites e-commerce à venir dans le groupe

En ce qui concerne les bases de données, le site exploite majoritairement des bases relationnelles, dites « classiques », MySQL et Cosmos DB d’Azure.

D’autres services cloud de Microsoft sont exploités via un accord-cadre du groupe InVivo avec l’éditeur américain. L’utilisation d’Azure concerne principalement le volet IaaS (Blob Storage, Azure Kubernetes Service, Prometheus, Grafana, etc.).

Une grande partie des briques de l’architecture sera reprise pour l’activité vin en ligne dans le B2B et hors domicile.

De manière générale, le recours au cloud semble avoir été une évidence pour ce projet : pour des questions d’élasticité, de gestion des coûts, de rapidité de mise en production et d’installation des environnements.

Quant au découpage en microservices, il permet à la Digital Factory de mutualiser et donc de lancer rapidement de nouvelles plateformes ou sites. Une grande partie des briques de l’architecture sera ainsi exploitée pour développer l’activité vin en ligne, dans le B2B et hors domicile. L’objectif est de digitaliser un marché encore principalement physique. Le nouveau site sera déployé sur la base d’Aladin et de ses différentes API.

D’autres projets figurent également à la roadmap d’InVivo et de sa filiale numérique, présentée comme « accélératrice de cas d’usage et de bonnes pratiques ». La Digital Factory interviendra auprès des enseignes Jardiland et Gamm vert afin de concevoir une nouvelle expérience client. L’entité accompagnera les DSI des enseignes dans le développement de briques applicatives, notamment en « insufflant des pratiques en termes d’agilité et d’UX, mais aussi en proposant des ressources techniques et humaines pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs business » évoque Vincent Ducas, appuyant la vocation multiproduits de la Digital Factory au sein du groupe.

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