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Inherent prépare un SOC souverain sans Sentinel
Le « nouveau » groupe, qui fusionne entre autres Adista et Devensys Cyber Security, veut devenir le Orange Business du midmarket. Il travaille sur des options souveraines dans la cyber, l’IA et le cloud. Mais les hyperscalers restent centraux sur le marché et donc dans le reste de son offre.
Inherent va sortir un SOC souverain. Ce service devra répondre à la volonté de « maîtriser ses dépendances » qu’exprimeraient de plus en plus d’organisations françaises, justifie Pierre-Jean Beylier, président du « nouveau » groupe.
« Nouveau » entre guillemets, car Inherent est la marque ombrelle qui chapeaute depuis ce mois d’octobre des entités plus connues dans le monde de l’IT sous les noms d’Adista dans les télécommunications B2B et l’hébergement, Devensys Cyber Security, ou Upper-Link dans l’IA et la data.
Cybersécurité et souveraineté
La cybersécurité est une tendance forte pour le groupe qui a vendu quarante SOC en six mois, alors qu’il n’en proposait pas jusqu’ici.
Ces services managés reposent sur une équipe de 60 à 70 personnes et sur Sentinel, le SIEM de Microsoft. Le SOC souverain, avec un autre SIEM, viendra enrichir l’offre qu’Inherent Cyber (le nouveau nom de Devensys) propose. Autre signe d’une forte demande pour la sécurité, Inherent Cyber lance un EDR, lui aussi managé.
« Il y a des sociétés pour qui les notions de souveraineté ou de contrôle des dépendances vis-à-vis de technologies américaines ne sont pas encore un sujet. Mais il y en a d’autres pour lesquelles ça l’est », constate Pierre-Jean Beylier. « Je pense que nous allons voir des entreprises demander des alternatives. Nous nous y préparons ».
Le groupe essaie parfois de combiner les deux approches, par exemple avec une offre de SASE lancée il y a un an et demi sur la technologie de Cato Networks, une société israélo-américaine. Carrefour a été le premier client, pour 4 400 sites. Inherent n’a pas voulu la faire tourner sur des POP AWS et l’héberge en cloud privé, sur ses propres POP. « Nous combinons un logiciel qui n’est pas européen avec une infrastructure souveraine », souligne Pierre-Jean Beylier.
En plus de la cyber, Inherent a lancé une offre de digital workplace souveraine avec la start-up française Wimi. Le groupe veut par ailleurs distribuer, depuis ses propres environnements, une plateforme alternative à Power Apps. Et il fait « un peu » de S3NS, la version SecNumCloud de Google Cloud gérée par Thales.
Un middleware agnostique pour l’IA
Dans la même optique, mais dans l’IA cette fois, la R&D de Inherent travaille également sur un middleware installable sur site, dans le cloud ou chez Inherent lui-même. Baptisée Nexus (un nom amené à changer), cette « couche » promet de casser les silos de données (ERP, CRM, bases de données, etc.), de donner du contexte (grounded IA) et surtout d’être agnostique en termes de modèles. De quoi, là encore, gérer les dépendances.
Dans le cloud privé, et toujours dans cette logique, Inherent a fait le pari plutôt audacieux de Proxmox, l’outil de virtualisation open source pour diversifier sa stack technologique.
Le groupe ne tourne cependant pas le dos à ses plateformes historiques que sont VMware et Nutanix. Ces deux technologies sont présentes dans ses 16 datacenters (dont 6 lui appartiennent en propre). Mais « Proxmox, c’est là où le gros de nos investissements va aujourd’hui », confie Pierre-Jean Beylier pour qui la popularité naissante de cette alternative à VMware s’explique aussi bien par un besoin de souveraineté du marché que par la politique tarifaire de Broadcom.
Microsoft, l’indéboulonnable
L’IT « traditionnelle » reste cependant largement majoritaire. Microsoft reste un des socles à la fois business et technique d’Inherent, avec Sentinel ou Azure. Son activité Microsoft (Digital Workplace, Azure, Copilot) a même progressé de 35 % sur 2026.
« Le chiffre d’affaires est chez Microsoft », reconnaît sans détour Pierre-Jean Beylier, pour qui très peu de grosses entreprises décident de sortie de cet écosystème, quand bien même elles travaillent leurs dépendances.
« Il faut que nous soyons capables de répondre à tous les besoins du marché, que ce soit ceux des clients qui nous confient des infrastructures en cloud privé, ou ceux qui ont des choses chez les hyperscalers », résume-t-il.
Dans le cloud public, Inherent se renforce donc dans le même temps en rachetant une société spécialisée dans AWS et en « commençant à faire du Google [en cloud public]. »
Devenir le Orange Business du midmarket
Inherent est en effet obligé de faire feu de tout bois. Ses objectifs sont élevés.
Le groupe affiche aujourd’hui 400 millions € de chiffre d’affaires, contre 260 à l’arrivée de Pierre-Jean Beylier, il y a deux ans. Il vise les 500 millions sur son exercice 2028. Et après-demain, pourquoi pas, le milliard. Côté RH, l’entreprise est passée de 450 à 1 600 personnes.
« Ce que nous sommes en train de construire sur le marché français, pour moi, c’est unique » vante son président. « Nous voulons combiner profondeur d’expertises, multi-spécialistes et agilité. Qui a toutes les compétences ? Orange Business, mais ils n’ont pas notre proximité et notre agilité ».
En résumé, Inherent veut devenir le Orange Business du midmarket français.
« Nous aurons gagné quand les DSI d’ETI nous verront comme un choix évident, parce qu’un niveau au-dessus des autres et capable de les accompagner sur la majorité de leurs enjeux », continue Pierre-Jean Beylier.
Un fonds français comme actionnaire
En attendant, Inherent travaille sa notoriété. Il a recruté des ambassadeurs, dont le rugbyman Louis Bielle-Biarrey de l’UBB et de l’équipe de France, la plongeuse Madeleine Bayon ou l’aventurier Mike Horn. Et il sponsorise un bateau sur la Route du Rhum qui participe également à des régates en Méditerranée avec des équipages qui mêlent skippers professionnels et anciens militaires blessés au combat.
Contrôlé par Keensight Capital, un fonds français, entré en 2021, Inherent a réalisé 18 acquisitions en six ans. À l’horizon du milliard, cet actionnaire pourrait sortir et questionner la nature « souveraine » du groupe. Un point critique pour des marchés publics sur 3 à 6 ans que cible Inherent.
« Nous n’en sommes pas du tout là », assure néanmoins Pierre-Jean Beylier, pour qui cette éventualité ne sera de toute façon pas un problème vis-à-vis de la souveraineté. « Un fonds achète une équipe de management et une histoire, passée et future », assure-t-il. « Avec Keensight, nous sommes un acteur français. La stratégie est de continuer à l’être. Et il y a plein de moyens pour ça ».
