Architectures multicloud : Oracle se range aux côtés de Microsoft et VMware

Oracle accélère sa stratégie cloud. Celle-ci passe par l’ouverture de nouveaux datacenters à un rythme élevé, mais fait aussi un pas en direction des ennemis d’hier VMware et Microsoft Azure.

La conférence Oracle Modern Cloud Day qui s’est tenue fin novembre à Paris fut l’occasion pour la direction d’Oracle France de revenir sur les annonces d’Oracle Open World 2019, de faire un point d’étape sur le développement de la stratégie cloud de l’éditeur, mais aussi, plus surprenant, l’opportunité pour Xavier Perret, le directeur France de Microsoft Azure de monter sur scène, ainsi qu’Anthony Cirot, vice-président et country manager de VMware pour la France.

Pour l’heure, priorité est donnée chez Oracle France à la prise de parts de marché dans les ERP cloud. Alors que SAP doit pousser ses clients à migrer vers S/4 HANA et donc quitter Oracle pour aller dans le cloud. En dépit de quelques succès et d’une date de fin de support fixée à 2025, l’Allemand a d’ailleurs le plus grand mal à pousser sa base installée vers S/4HANA comme le soulignait une récente étude Remini Street.

Karine Picard, DG d’Oracle FranceKarine Picard DG d’Oracle France

Oracle n’a bien évidemment pas à s’embarrasser d’une telle contrainte pour ses clients. Karine Picard, DG d’Oracle France souligne : « Notre stratégie est avant tout de nous développer sur l’ERP dans le cloud sur l’ensemble de nos marchés, car c’est ce type de projets où nous avons le plus d’opportunités.  D’autre part, nous souhaitons convertir nos clients base de données on-premise vers le cloud. L’ERP c’est notre fer de lance aujourd’hui, c’est le marché sur lequel nous avons le plus gros potentiel et le Gartner nous donne leader sur ce marché. Nous avons été parfois suiveurs sur les clouds métiers, mais avec NetSuite et Oracle Cloud ERP, nous sommes clairement précurseurs. »
Pour Karine Picard, DG d’Oracle France, la priorité numéro 1 est de convertir les clients Oracle E-Business Suite au cloud et prendre des parts de marché à SAP. Pour le marché IaaS, il faudra se frayer une place à l’ombre d’AWS/Azure/Google.
En pratique, Oracle aiguille les entreprises qui réalisent moins de 100 millions d’euros vers NetSuite et vers les solutions Oracle Cloud applications pour tous les grands comptes.

Si Oracle déroule sa stratégie et espère bien grignoter des parts de marché à SAP à l’occasion de ces migrations vers le cloud, les marchés IaaS/PaaS sont autrement plus difficiles pour Oracle. Parti bien trop tard dans la course, Oracle reste un acteur de niche aux côtés d’IBM et Alibaba Cloud face aux acteurs « hyperscale » tels qu’AWS, Microsoft et Google.

L’événement Oracle Modern Cloud cherche à convaincre les clients Oracle qu’avec OCI (Oracle Cloud Infrastructure), le géant rouge est le seul à proposer un cloud de deuxième génération. S’il a reconnu en préambule que le IaaS est aujourd’hui considéré comme une commodité dans les entreprises, Karim Zein, vice Président Country Leader Technology d’Oracle France s’est attaché à en vanter les atouts : « OCI est clairement positionnée sur ce marché avec des solutions que nous considérons comme extrêmement différenciées, notamment sur le niveau de sécurité que nous pouvons apporter, la capacité de dédier des machines à un client pour porter ses applications les plus critiques. Nous pouvons assurer une isolation logique mais aussi physique de nos clients sur nos serveurs et proposer des niveaux de service qui ne portent pas uniquement sur une disponibilité théorique, mais sur une performance garantie, c’est unique sur le marché. »

Oracle pousse ses solutions autonomes Autonomous Database et Autonomous Linux pour faire la différence. De même il met en avant une plateforme d’IA complète ainsi que des capacités et tarifs qui lui auraient permis de faire la différence sur deux acteurs « hyperscale » auprès d’un grand constructeur automobile allemand ; et ce afin de faire de la simulation numérique avec un benchmark qui aurait mobilisé jusqu’à 50 000 processeurs…

Oracle compte rattraper les leaders du marché du cloud d’infrastructure et semble vouloir s’en donner les moyens avec une roadmap extrêmement agressive.  L’année dernière Oracle n’offrait son cloud que sur 4 régions d’hébergement, 2 aux USA et deux en Europe. En 2019, ce nombre est passé à 16 et devrait atteindre 36 en 2020, soit l’ouverture d’un nouveau datacenter tous les 18 jours. L’ouverture d’une région France n’a pour l’heure pas été encore actée.

Le pari d’Oracle : se faire une place dans la stratégie multicloud des entreprises

Oracle se donne les moyens de ses ambitions, mais, comme IBM en a fait la démonstration, disposer d’infrastructures cloud au plus près des clients ne suffit pas et Oracle monte en puissance à un moment où toutes les entreprises ont déjà des projets et des applications en production sur AWS, GCP ou Azure et parfois même plusieurs d’entres eux.

Oracle doit donc jouer des coudes avec ses concurrents pour se frayer une place dans la stratégie multicloud des entreprises et pour y parvenir, Larry Ellison joue sur deux tableaux.

Oracle organisant une keynote commune avec VMware et Microsoft pour détailler sa stratégie vis-à-vis du multicloud, une stratégie de coopétition assumée.
Oracle organisant une keynote commune avec VMware et Microsoft pour détailler sa stratégie vis-à-vis du multicloud, une stratégie de coopétition assumée.

Le premier volet de cette nouvelle offensive a été dévoilé il y a quelques semaines lors de la conférence annuelle Oracle OpenWorld à San Francisco. Larry Ellison annonçait alors un accord stratégique avec VMware.

L’idée-force derrière ce partenariat est de proposer une expérience sans couture aux entreprises utilisatrices de la plateforme de virtualisation VMware et qui s’intéresseraient au cloud Oracle. L’annonce n’a rien de révolutionnaire. Tous les acteurs majeurs du cloud, depuis AWS jusqu’à OVH en passant par Azure et sans doute très prochainement sur GCP, comme l’acquisition de CloudSimple par Google, le laissent présager.

Anthony Cirot, vice-président et Country manager de VMware a expliqué l’objectif de cet accord : « 80 % des applications critiques des entreprises françaises tournent aujourd’hui sur notre pile de virtualisation. Ce que nous avons annoncé avec Oracle, c’est la capacité de prendre un datacenter défini par logiciel et le porter intégralement sur le cloud Oracle. Cela permet, sans développement, sans retouche à vos applications et sans changer vos habitudes de production, de faire tourner l’ensemble de vos charges de travail sur le cloud Oracle. »

Parmi les scénarios évoqués par le responsable VMware, le « Lift and Shift » d’un datacenter privé vers le cloud public en quelques semaines, la mise en place d’un DRP (Disaster Recovery Plan), avec la duplication de l’infrastructure interne sur le cloud Oracle. Cas moins fréquent, le cas des applications hybrides. « Cette alliance donne la capacité de placer vos applicatifs au plus près du cloud provider afin de bénéficier de fonctionnalités de type base de données cloud, moteurs d’intelligence artificielle, etc. Ce sera un moyen d’améliorer le patrimoine applicatif sans le redévelopper. »

Face aux multiples partenariats noués par VMware avec les acteurs du cloud public, notamment AWS qui propose déjà la pile VMware sur des serveurs bare metal, Régis Louis, Vice-President Technology Strategy d’Oracle EMEA a cherché à convaincre l’audience que cet accord se distingue de ceux tissés par les autres acteurs : « Ce partenariat est plus qu’une simple alliance. Il y a eu des développements assez lourds chez Oracle, notamment pour développer une "Layer to Network" pour faire tourner VMware de manière native sur nos infrastructures bare metal. VMware existe sur d’autres clouds, mais la différence avec l’implémentation que nous avons réalisée, c’est que l’entreprise garde exactement le même contrôle de son environnement que celui qu’elle peut faire en on-premise. C’est une vraie continuité en termes opérationnels : il n’est pas nécessaire de changer de version, c’est très différencié par rapport aux implémentations qui existent aujourd’hui sur d’autres cloude publics. »

Enfin, Karim Zein a ajouté que désormais Oracle assure le support de l’ensemble de ses offres sur plateforme VMware et qu’il ne sera plus nécessaire de déployer des serveurs dédiés pour bénéficier du support officiel Oracle. Celui-ci n’a toutefois pas explicité l’impact de cette annonce sur la politique de licencing de l’éditeur vis-à-vis de  ces plateformes virtualisées…

Microsoft crée la surprise en défendant la complémentarité Azure / OCI

La véritable surprise de cette édition 2019 de l’Oracle Modern Cloud Day fut la présence sur scène d’un représentant de Microsoft Azure sur scène. Oracle a acté le fait qu’il allait devoir cohabiter avec les autres acteurs du cloud dans le système d’information de ses clients, alors l’Américain a choisi de se rapprocher de Microsoft, sans doute considéré comme l’acteur le moins disruptif dans la bande des 3 « hyperscales ».

La stratégie d’Oracle est extrêmement ténue car la grande majorité des services IaaS d’OCI concurrence directement les services IaaS et PaaS d’Oracle. Les deux partenaires doivent donc marcher sur des œufs dans leur communication, afin d’expliquer leur accord. Xavier Perret, responsable d’Azure pour la France a ainsi déclaré « Nous avons beaucoup de clients communs, des clients qui ont déjà beaucoup investi en compétences à la fois sur Azure et sur Oracle. Nous devions répondre à leur besoin de déployer sur Azure et Oracle pour bénéficier des innovations apportées par chacun sans devoir tout ré-architecturer. »

Ce partenariat entre Oracle et Microsoft sur le cloud comporte 3 volets.
D’une part les deux partenaires vont mettre en place des interconnexions directes entre leurs datacenters afin de réduire la latence ; un point-clé pour les entreprises qui vont vouloir développer des applications hybrides demandant des échanges de données rapides entre services de ces deux clouds.

Le deuxième point technique de cet accord porte sur la mise en place d’une gestion des identités et des accès de manière unifiée, grâce à une interconnexion entre Azure AD et Oracle Identity Cloud Service (IDCS).

Enfin, le troisième volet de l’accord vise le rapprochement des services eux-mêmes, afin de permettre à une application Kubernetes hébergée sur le service managé Azure, ou à des algorithmes portés par Azure Functions, d’accéder  à un backend Data Warehouse. Sur OCI, il pourra le faire grâce à cet accord.

« Parmi les scénarios sur lesquels nous travaillons, c’est le développement d’un front end .NET Azure qui doit se connecter à une application transactionnelle Oracle sur OCI, qui devrait être le plus fréquent » a expliqué Xavier Perret. « Un autre cas possible sera celui de l’entreprise qui veut innover en déployant une application sur Azure IoT par exemple, ou développer sur Azure Functions tout en conservant un backend Data sur Oracle. »

Un tel rapprochement semble très risqué pour Oracle, car pour une entreprise qui aura développé une application sur Azure mais accédant à des données sur OCI, on peut imaginer qu’il sera très simple de basculer un jour ou l’autre les données vers un service PaaS équivalent sur Azure.

Pour Karim Zein, une entreprise qui aura déjà goûté à l’expérience Exadata voudra poursuivre dans cette voie, même si elle choisit Azure pour mener ses développements. « Si cette entreprise veut aller sur Azure, elle va pouvoir tirer profit immédiatement de cette alliance, notamment grâce à cette connexion directe entre nos clouds. En outre, sur la partie analytique Power BI pourra vraiment tirer profit de la partie autonomous database. Enfin, les entreprises souhaitent passer du on-premise au cloud public et vice-versa sans contrainte, la réversibilité est un point qui rassure beaucoup nos clients qui ne veulent pas d’un cloud public complètement propriétaire. Ce n’est pas notre modèle et ces accords avec VMware et Microsoft démontrent que nous croyons vraiment au multicloud. »

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