.Next2020 : Nutanix propose à son tour des solutions de cloud hybride

Il existe désormais des offres « Nutanix Clusters on… » qui permettent de faire déborder les environnements des datacenters vers les ressources en ligne d’AWS, Azure et OVH en toute transparence.

Les clients de Nutanix pourront désormais déployer leurs clusters AHV de machines virtuelles sur les clouds d’Azure et d’OVHcloud. Cette possibilité, qui a été annoncée lors de l’événement annuel .Next2020 de l’éditeur, fait suite à un accord similaire passé avec AWS quelques semaines plus tôt. Dans les trois cas, l’enjeu est de permettre aux entreprises de faire déborder leurs applications en dehors du datacenter quand les ressources locales ne suffisent plus.

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Parmi les cas d’usage évoqués, le cloud doit servir à apporter ponctuellement des ressources supplémentaires pour gérer les pics d’activité, de zone de test pour les travaux des développeurs, d’IT de secours pour relancer l’activité en cas d’incident, ou encore à donner un accès distant aux applications métiers, ce qui est de plus en plus utile depuis la crise pandémique.

L’intérêt est surtout que, avec le même environnement Nutanix en cloud et sur site, ce débordement est techniquement transparent pour les entreprises. On parle de cloud hybride véritable. Nutanix permettait déjà de relier ses environnements sur site au cloud GCP de Google, mais ce cloud hybride là est limité aux plans de reprise d’activité.

Nutanix s’est imposé comme un acteur majeur des infrastructures hyperconvergées, une catégorie de matériels de virtualisation qui répondent à des problématiques physiques dans les datacenters. Dans le cadre du cloud hybride, l’aspect hyperconvergé passe au second plan. Il s’agit surtout de déporter dans le cloud tout l’outillage Nutanix que les entreprises utilisent désormais pour virtualiser leurs applications sur site. Son concurrent VMware proposait déjà des solutions équivalentes pour son propre environnement de virtualisation. Ce sont VMware Cloud on AWS, qui existe depuis 2017, Azure VMware Solutions, qui a été lancé en 2019, et Google Cloud VMware Engine qui doit arriver ces jours-ci.

« Les entreprises souhaitent étendre leur IT dans le cloud, mais leurs applications historiques ne sont pas prévues pour tirer parti des fonctions du cloud comme la tolérance aux pannes et la gestion des montées en charge. Sur site, ces fonctions sont prises en charge par notre environnement. Porter notre environnement en cloud, permet donc aux entreprises d’y exécuter leurs applications avec la même fiabilité, les mêmes outils et les mêmes routages réseau que dans leur datacenter », explique Sylvain Siou, le responsable de l’ingénierie pour Nutanix EMEA.

« Techniquement, un cluster Nutanix AOS en cloud [un Xi Cluster, N.D.R.] est exactement le même qu’un cluster Nutanix sur site. La seule différence est que vous n’achetez plus de serveurs physiques pour l’exécuter, vous louez à la place des ressources d’infrastructure chez AWS, Azure ou OVH », ajoute-t-il.

« En effet, travailler avec un cluster AOS sur site et un autre en cloud revient ici exactement à la même chose que travailler avec deux clusters AOS sur site », commente l’analyste Eric Slack, du cabinet d’études Evaluator Group. « L’intérêt est que vous augmentez vos ressources depuis l’interface d’administration Prism d’un clic, sans rien avoir à ajouter dans votre datacenter. »

Des souscriptions sur site qui servent aussi pour le cloud

Les trois options cloud ont des caractéristiques commerciales différentes. L’offre Nutanix Clusters on AWS consiste à louer au préalable des machines EC2 « bare-metal », c’est-à-dire non virtualisées, auprès d’AWS et d’y installer soi-même un environnement AOS que l’on achète – par souscription annuelle selon la capacité – à Nutanix. L’offre Nutanix Clusters on Azure propose, depuis le portail clients Azure, des environnements clés en main que l’on paie mensuellement avec des crédits Azure.

Chez OVH, l’offre n’est pas encore entièrement définie, mais devrait s’apparenter à un juste-milieu entre celle d’AWS – en partant de serveurs bare-metal – et celle d’Azure – avec des services périphériques préconfigurés pour être pilotés depuis un cluster Nutanix. Le stockage fichiers, objet ou blocs a été évoqué.

Côté Nutanix, on se félicite d’avoir basculé sur le modèle des souscriptions, qui est similaire à celui des offres cloud et qui simplifie radicalement la tarification en mode hybride.

« Une entreprise n’a pas besoin de payer plus pour avoir du Nutanix en cloud : elle peut très bien transférer des capacités sur site vers des capacités sur AWS, Azure ou OVH. »
Jonathan GosselinDG filiales européennes et nord-africaines, Nutanix

« Auparavant, nos clients achetaient des licences liées à un matériel, qu’ils perdaient lorsque le matériel arrivait en fin de vie. Désormais, ils paient des souscriptions annuelles pour notre pile logicielle. Cela signifie qu’une entreprise n’a pas besoin de payer plus pour avoir du Nutanix en cloud : elle peut très bien transférer des capacités sur site vers des capacités sur AWS, Azure ou OVH », indique Jonathan Gosselin, directeur général des filiales européennes et nord-africaines de Nutanix. A priori, 12 % des clients Nutanix seraient encore sur le modèle des licences, en attendant de décommissionner leurs serveurs.

La facturation de clusters Nutanix déployés d’une part sur site et d’autre part sur Azure n’est cependant pas très claire. Selon les interprétations, il deviendrait possible de payer l’ensemble avec des crédits Azure. « C’est un modèle qui se met actuellement en place et un effort d’investissement que nous consentons, car nous n’allons plus toucher aussi rapidement les revenus de nos ventes. Mais nous pensons que les souscriptions, quelle que soit leur forme, nous permettront d’être bien plus rentables à terme », assure Jonathan Gosselin. Il précise que l’arrivée récente du fonds Bain Capital donne quatre ans à Nutanix pour tester le modèle.

Bare Metal et réseau sur AWS ou clés en main sur Azure

Les options Azure et AWS ont aussi des différences techniques. Sur Nutanix Clusters on AWS, tous les services habituels d’AOS sont nativement exécutés par AOS au sein de la machine EC2. Ainsi, ses types de stockage, à savoir les services Files (mode fichiers), Volumes (mode bloc) et Bucket (mode objet), seront mis en œuvre par-dessus les disques rattachés aux machines EC2, soit le stockage le plus cher. L’administrateur AOS devra écrire des scripts qui font des appels aux bonnes API s’il veut spécifiquement utiliser des services d’AWS, par exemple S3.

L’avantage d’AWS est qu’il propose en revanche une intégration complète des clusters Nutanix avec sa couche réseau. De fait, il n’y a aucune règle de routage à adapter. Les machines virtuelles sur site et celles en cloud communiquent comme si elles étaient sur le même réseau. 

Sur Azure, c’est tout le contraire. D’une part, le réseau passe par le filtre des VPN et autres VNETs que les entreprises utilisent déjà pour travailler avec des services Azure. D’autre part, Prism se fond avec le contrôleur Arc du cloud public qui sert à activer ses différents services.

Les utilisateurs de Nutanix, en plus des VM, des containers et des disques virtuels d’AOS, pourront ainsi muscler leurs ressources avec des serveurs virtuels, des containers et des services de données Azure. Il est même envisagé de pouvoir faire l’inverse : passer par la console Arc pour déployer des ressources Azure sur les clusters Nutanix installés sur site. En quelque sorte, Azure aurait trouvé le moyen de se servir des installations physiques de Nutanix comme une alternative à sa solution Azure Stack.

Pour mémoire, Azure Stack est la solution matérielle d’Azure qui permet de déporter ses services dans les datacenters des entreprises, de sorte à exécuter des applications prévues pour le cloud, mais avec la latence et la sécurité d’un site local. Chaque grand fournisseur de cloud public a un équivalent : Outposts chez AWS, Anthos chez GCP. Ironiquement, toutes ces solutions matérielles sont des infrastructures hyperconvergées, le modèle d’architecture popularisé par Nutanix.

Karbon et Calm passent aussi au cloud

L’intérêt du cloud est son élasticité. Les applications qui savent tirer parti de cette élasticité pour automatiquement éponger les montées en charge sont celles déployées en containers et orchestrées par Kubernetes. Nutanix intègre depuis 2019 un moteur Kubernetes dans sa plateforme de virtualisation, il s’agit du service Karbon. Mais autant Karbon sait déployer des containers à cheval entre un datacenter et AWS – voire a priori entre un datacenter et Azure – autant les déployer à cheval entre Nutanix Clusters on AWS et Nutanix Clusters on Azure risque d’être complexe.

Pour résoudre le problème, Nutanix a trouvé une solution universelle : exécuter la console d’administration de Karbon depuis le cloud, en SaaS. Appelée Karbon Platform Services, cette console en ligne permet de déployer les containers applicatifs créés par les développeurs sur n’importe quel orchestrateur Kubernetes : sur Karbon depuis un environnement AOS, mais aussi sur EKS, le Kubernetes d’AWS, sur AKS, celui d’Azure, etc.

« Karbon Platform Services apporte un modèle de sécurité et d’API global, avec une observabilité globale de toutes les données et de toutes les applications dans tous les clouds. Il fournit une maintenance automatisée et a été conçu pour que les prestataires de services puissent contrôler les accès en mode multitenant » détaille un communiqué de l’éditeur.

Dans le même but, Nutanix annonce aussi l’arrivée d’une version SaaS de son orchestrateur d’applications Calm. Le propos de Calm est de déployer des environnements applicatifs complets, soit des machines virtuelles et des containers préinstallés avec tous les exécutables nécessaires déjà utilisables par les métiers ou les développeurs, et de gérer leurs cycles de vie. L’intérêt de cette version SaaS – appelée Xi Calm – est qu’elle permettra de le faire par-dessus n’importe quelle infrastructure sous-jacente : des clusters Nutanix, des infrastructures IaaS de cloud public, ou encore par-dessus les environnements du concurrent VMware.

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