Le « best of breed », tendance montante dans l’ERP (Panorama Consulting)

Les principaux éditeurs d’ERP proposent des capacités de plus en plus différentes les unes des autres, ce qui ouvrirait la voie à une approche moins unifiée et plus « best of breed », selon le rapport annuel 2021 du Panorama Consulting Group.

Les ERP de SAP coûtent beaucoup plus cher à mettre en œuvre que ceux d’Infor, de Microsoft et d’Oracle. Toutefois, ces projets seraient aussi ceux qui représentent la transformation numérique la plus importante. C’est l’une des conclusions du rapport annuel « Clash of the Titans 2021 » du Panorama Consulting Group – une étude qui compare les expériences des clients de ces quatre principaux éditeurs d’ERP.

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L’autre conclusion est que le « best of breed » décolle, une tendance qui serait la conséquence d’approches très différentes d’un éditeur à l’autre.

Des approches de l’ERP bien différentes

Panorama Consulting est un groupe indépendant qui propose des études de marché, des conseils et des services d’accompagnement dans le cadre de projets de sélection et de mise en œuvre d’ERP. Son rapport analyse les réponses recueillies dans le cadre de son enquête « ERP Benchmark Survey » menée d’octobre 2019 à septembre 2020. Le « Clash of the Titans 2021 » s’appuie cette année sur 116 projets réels.

Selon le cabinet de conseils, SAP investit beaucoup dans la R&D, en particulier dans le cloud. Ses récentes avancées en matière d’IoT et de machine learning ont été infusées dans l’ensemble de son portefeuille de produits. SAP mettrait aujourd’hui fortement l’accent sur ces trois domaines pour aider ses clients à les mettre en œuvre sur le moyen terme.

La force d’Oracle est d’avoir une gamme complète d’options cloud, avec des applications SaaS disponibles pour une grande variété de métiers et de secteurs d’activité. Ses clients bénéficient également de son infrastructure mondiale.

Microsoft, de son côté, continue de cloudifier son offre et ses clients peuvent s’appuyer sur leurs technologies Microsoft existantes. Le rapport constate au passage que l’adoption des applications métiers SaaS (ERP et CRM) de Microsoft est en augmentation continue.

Infor adopte une approche ultra-spécifique à chaque industrie (les micro-verticaux) plutôt que de développer un produit générique qui peut ensuite être adapté aux besoins de chaque secteur et de chaque entreprise. Infor a également choisi d’être flexible dans les chemins de migrations qu’il propose à ses clients pour passer au SaaS.

Selon Panorama Consulting, les principaux fournisseurs d'ERP offrent des capacités différentes aux clients, ouvrant ainsi la voie à une approche ERP best of breed.
Selon Panorama Consulting, les principaux fournisseurs d'ERP offrent des capacités distinctes aux clients, ouvrant ainsi la voie à une approche ERP best of breed.

Le best-of-breed, la nouvelle normalité

Historiquement, l’ERP est une suite d’applications intégrées les unes aux autres et fournies par un seul et même éditeur. D’où son nom en français de Progiciel de Gestion Intégré (PGI). Mais l’approche « best of breed » devient de plus en plus populaire. Un ERP de type « best of breed » est un assemblage d’applications de différents éditeurs – dans une sorte de patchwork IT. Un exemple est d’avoir Salesforce comme CRM, Workday en SIRH et Concur (SAP) pour les notes de frais en complément du cœur d’un ERP Cloud d’Oracle (brique financière, supply chain, etc.).

Cette popularité s’explique en partie parce qu’il est désormais possible de le faire. Les APIs, les connecteurs, les iPaaS et autres outils ont amélioré les capacités d’intégration.

Mais la tendance au « best-of-breed » n’est pas uniforme.

Selon Panorama Consulting, 74,3 % des clients d’Infor et 73 % de ceux de SAP ont tout leur ERP chez un seul éditeur (respectivement Infor et SAP donc). Dit autrement, ils sont moins d’un quart à chercher des briques applicatives complémentaires ailleurs. À l’inverse, 63,3 % des clients de Microsoft (Dynamics) et 66,4 % de ceux d’Oracle font du « best-of-breed ».

Pourquoi ces écarts ? Infor, comme dit plus haut, a une stratégie de micro-verticaux. Il descend très loin dans le détail des fonctionnalités dont un secteur a besoin. Résultat, ces entreprises n’ont pas forcément besoin de compléter la suite « de base » déjà très personnalisée. À l’inverse, Mirosoft a une stratégie très axée sur son écosystème, ses partenaires, les développeurs (Azure, etc.) et les prestataires de services, pour compléter son ERP.

Une autre explication de cette tendance globale au « best of breed » est que les organisations voient de plus en plus l’ERP comme la source principale de leurs données, mais pas forcément comme l’outil unique pour en tirer de la valeur.

Alan SaltonAlan Salton, Panorama
Consulting

« Des systèmes comme SAP ou Oracle contiennent d’énormes quantités de données. Il s’agit en partie de faire mieux fonctionner des outils métiers, mais il y a aussi une question de scalabilité », résume Alan Salton, directeur de l’innovation chez Panorama Consulting. « La scalabilité ne se résume plus aujourd’hui au nombre d’utilisateurs qu’un système peut supporter, il s’agit aussi désormais de pouvoir prendre en charge le plus grand nombre de transactions et la plus grande quantité de données que les systèmes peuvent absorber. Comme les données sont devenues le carburant de l’économie, nous voyons les éditeurs commencer à dire qu’un écosystème best-of-breed étendu, qui inclut des éléments aidant à faire quelque chose des données, est une bonne chose ». En résumé : les éditeurs font une ode à l’ouverture… à condition que les données restent dans la base de l’ERP.

Comparer les coûts d’un ERP ne fait pas tout (il y a aussi son périmètre)

Le prix est évidemment un élément central dans le processus de sélection d’un ERP. Sur ce point, le rapport « Clash of the Titans 2021 » évalue que les projets SAP sont, de loin, les plus chers, avec une moyenne de 8,24 millions de dollars. Oracle suit à 1,88 million, Infor 1,5 et Microsoft 410 000 dollars.

Mais ces chiffres bruts ne veulent au final pas dire grand-chose.

Les produits et les technologies de SAP peuvent être difficiles et complexes à mettre en œuvre, avance Alan Salton. Ceci est d’autant plus vrai que les clients de SAP doivent passer d’anciens systèmes SAP ECC à un ERP moderne refait de fond en comble avec SAP S/4HANA.

« SAP a toujours été plus cher, et même beaucoup plus cher qu’Infor ou que Microsoft, cela ne fait aucun doute », avance Alan Salton. « [En plus], leurs produits cloud sont une très grosse évolution. Beaucoup de personnes qui ont investi énormément d’argent dans leurs systèmes SAP [d’ancienne génération] hésitent à sauter le pas. Mais ceux qui décident de le faire doivent changer et migrer beaucoup de choses, ce qui rend le projet coûteux ».

En comparaison, les projets Microsoft concernent souvent un ensemble plus restreint de produits et de sites. Et ses clients sont généralement des entreprises plus jeunes qui n’ont pas l’existant des organisations sous SAP.

Le nombre de licences achetées est également un facteur. Les implémentations SAP portent en moyenne sur 655 licences dans un large portefeuille de produits (S/4HANA, Business ByDesign, SuccessFactors, Ariba, Concur, etc.). Les clients de Microsoft, eux, n’achètent en moyenne « que » 255 licences.

« Nous regardons la taille des entreprises et nous essayons de normaliser tout cela pour dire qu’une implémentation Microsoft coûte ceci et qu’une implémentation SAP coûte cela. Mais cela n’est valable que si vous ajoutez un nombre – même approximatif – d’utilisateurs et que vous chiffrez aussi les fonctionnalités qu’ils utilisent », admet Alan Salton. « Dans l’ensemble, vous voyez [se refléter dans le prix] la complexité que SAP permet de gérer et le coût de la modernisation d’implémentations complexes et de très grande envergure, qui ont pris des années à se mettre en place. La base de clients de Microsoft n’a pas le même passif ».

Transformation digitale ou implémentation d’un ERP ?

Le rapport « Clash of the Titans 2021 » montre également des différences significatives dans la perception et dans la « nature » des projets ERP. L’enquête demandait aux responsables de ces projets s’ils les considéraient comme des « implémentations d’ERP » ou comme des projets de « transformation digitale ».

Plus de la moitié des clients de SAP (58 %) ont défini leurs projets comme des projets de transformation numérique. À l’inverse, 65,2 % des clients d’Infor ont défini leurs projets comme la simple mise en œuvre d’un nouvel ERP. La perception est la même (bien que moins marquée) chez les clients de Microsoft et d’Oracle, qui considèrent à 55,6 % et 52,4 % respectivement que leur projet est une implémentation plus qu’une transformation.

Ceci ne signifie pas que les ERP d’Infor ont un potentiel de transformation inférieur à ceux de SAP. Mais avec ses CloudSuites (ses ERP cloud micro-verticalisés), Infor cible prioritairement les industriels de taille intermédiaire (grosses PME et ETI, alias le midmarket). Or, pour Alan Salton, ces profils de clients ne sont pas les plus friands de termes marketing à la mode ou de technologies « à la pointe du progrès ».

« Un industriel qui fabrique des pièces automobiles n’est pas forcément influencé par le monde des consommateurs. Pour lui, la numérisation (ou la digitalisation) a beaucoup plus à voir avec la manière de connecter toute sa chaîne logistique, des fournisseurs jusqu’aux clients finaux », explique l’analyste. « Les industriels ont de très gros actifs dans lesquels ils ont beaucoup investi et depuis longtemps. Il est logique qu’ils prennent plus de temps à évoluer ».

« Les industriels ont de très gros actifs dans lesquels ils ont beaucoup investi et depuis longtemps. Il est logique qu’ils prennent plus de temps à évoluer ».
Alan SaltonDirecteur de l'innovation, Panorama Consulting

Évaluer ses besoins futurs pour bien choisir son ERP (et pas que ceux d’aujourd’hui)

Pour Panorama Consulting, ces quatre éditeurs composent les ERP de « première catégorie ». On pourra nuancer en ajoutant une distinction claire entre les deux premiers (SAP et Oracle) et les deux autres (qui jouent dans une catégorie légèrement en dessous selon Forrester). Ou encore ajouter Workday. Mais pour Alan Salton, tous ces ERP imposent de se poser les mêmes questions : quels sont mes besoins particuliers, aujourd’hui… et quels seront mes besoins métiers demain ?

Il y a quelques années, les plus grandes préoccupations des PDG étaient en effet leurs concurrents directs. Ils pouvaient les observer, les suivre et les copier (y compris dans l’ERP) pour ne pas se faire distancer. Ou ils innovaient pour gagner une longueur d’avance. Mais aujourd’hui, leurs plus grosses angoisses seraient ces nouveaux entrants ou ces acteurs « disruptifs » qu’ils ne voient pas venir et qui peuvent les conduire à la faillite, constate Alan Salton. D’où la nécessité de se « disrupter soi-même » et de changer de cadre de réflexion.

« Les entreprises doivent réfléchir à ce qu’elles seront dans cinq ans, aux types d’acteurs qui peuvent surgir, à ce qui pourrait perturber leur environnement, et à la manière dont elles peuvent modifier leur modèle économique pour y répondre », liste-t-il. « Les décideurs doivent donc réfléchir à la mise en place d’ERP qui seront capables de les aider à être flexibles, réactifs et à faire face aux bouleversements ». Une conclusion sous forme d’éloge de l’antifragilité, que Gartner commence lui aussi à reprendre à son compte.

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